PELERINS DE LA FOI
Une spiritualité canalisée par la foi
vue comme lumière
orientant le cheminement de l'homme dans le temps

Sur le présent et l'avenir du christianisme dans un monde sorti de la religion
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Ancienne abbatiale de Saint-Jouin-de-Marnes, Deux-Sèvres.

Sur le pignon de l'église est figuré le flot des marcheurs de toutes conditions. C'est dans la perspective chrétienne que les sculpteurs médiévaux ont représenté le terme possible de la marche des hommes. De part et d'autre de la vierge médiatrice est figuré le cortège des pèlerins, diversement vêtus, sans préséance, en marche vers le Christ via Notre-Dame.


C’est avec la «  société consommatoire » que s’affirme le passage d’un type de consommation orchestrée par le ménage et les habitudes de classes à un type de consommation ordonnée par l’hédonisme individuel et la distanciation des agents vis-à-vis des normes et référents collectifs jusque-là structurants.
Sur un fond d'incroyances massives et face aux formes vagues de religiosité à la mode ou confronté aux autres religions établies, le christianisme n'est plus le seul pôle autour duquel s'effectue en France la recherche spirituelle. Se réclamer du christianisme et emprunter un des chemins menant au Tout Autre résultera moins dorénavant du conformisme social que d’une démarche délibérée personnelle. Encore plus que d’autres institutions sociales et religieuses l’Eglise a des difficultés à s’adapter à la quête individuelle si marquée du temps présent. Se dire chrétien c’est accepter de bâtir sa vie sur une perspective qui peut paraître étrange à nombre de nos contemporains.
Sur fond d’affaiblissement des capacités organisatrices des institutions religieuses, la tendance de fond est à l’individualisation du croire. Ce n’est pas tant le caractère de vérité absolue de la croyance religieuse traditionnellement considérée qui dans certaines sphères fait la valeur de la religion mais la vertu qui lui est reconnue de pouvoir favoriser le mieux-être personnel, l’harmonie intérieure. Le «  retour »  d’une forme croissante du religieux se trouve marquée par certaines des caractéristiques mêmes de la société de consommation généralisée : fonctionnement de type libre-service, prévalence attribuée au mieux-être subjectif.
La fin du XXe siècle aura été marquée par le reflux des grandes grandes croyances collectives et la montée de l'individualisme. Les rapports au monde changent ; le champ religieux se transforme dans une société en mouvement. Sur une toile de fond d'indifférence, il arrive que les questions majeures de notre présence au monde - vie, mort - continuent à apparaître comme un appel de sens. La sortie de la société dite de chrétienté ne signifie pas pour autant la fin du croire contemporain, mais nous assistons à l'affaiblissement de la fonction religieuse régulatrice et organisatrice de l'espace social. L'entrée dans le XXI e siècle signifie un nouvel âge marqué par le pluralisme religieux.
La sécularisation ne signifie pas la disqualification générale des traditions religieuses. Il est nécessaire de procéder à une analyse beaucoup plus fine, comme le rappelle Marcel Gauchet : " : en réalité et en profondeur, nos sociétés "sorties de la religion" appellent les religions non pas à disparaître, mais à s'insccrire autrement dans le tissu de la société commune. Autrement : c'est-à-dire en faisant appel non pas à des stratégies de conquête ou de reconquête, mais à leurs convictions intérieures, à leurs sources, et aussi à leur volonté d'être effectivement présentes sur la place publique, en osant y manifester ce qu'elles ont de spécifique et qui peut contribuer à l'élaboration de ces valeurs communes dont nous avons besoin.
La vitalité et la fécondité du christianisme ne dépendent pas d'abord de la puissance de ses institutions, ni de son influence politique, mais de sa capacité spirituelle à s'inscrire à l'intérieur de notre humanité commune. De sorte que cette inscription dans l'histoire qui pourrait menacer son identité l'oblige à déployer plus résolument, plus profondément ses propres ressources, et à se manifester non pas comme un système plus ou moins fermé sur lui-même, mais comme une force d'inspiration et de proposition " p.154
Au total, le christianisme ne régit plus toute la société comme il a eu le projet de le faire ; il se heurte à notre époque à deux tendances de sens opposés : d'une part, un mouvement fort de sécularisation de la société, de l'autre, une dérégulation des croyances et un foisonnement pluriel du religieux. Sur un fond d'incroyances massives et face aux formes vagues de religiosité à la mode ou confronté aux autres religions établies, le christianisme n'est plus le seul pôle autour duquel s'effectue en France la recherche spirituelle. Se réclamer du christianisme et emprunter un des chemins menant au Tout Autre résultera moins dorénavant du conformisme social que d’une démarche délibérée personnelle.


Eglise, Evangile et état présent de la société :
Des réflexions, des points de vue... et des points de rencontre.
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Moissac Tym fév08 17
Christ du tympan de l'abbaye Saint Pierre de Moissac, Tarn-et-Garonne

Croire au début du XXI e siècle et challenges à relever par le catholicisme?
Comme on l'a rappelé précédemment la religion a perdu son rôle directeur de la société ; du même coup le lien intérieur à chaque formation religieuse se distend et les Eglises se fragmentent en plusieurs familles d'esprit.
Les groupes traditionalistes - pour qui l'essentiel de la foi consiste dans la lettre des textes sacrés, dans des points de doctrine, des lois morales ou des préceptes cultuels, des traditions vestimentaires ou alimentaires - incriminent les changements. Les fidèles de Vatican II - concile qui avait entrepris de réconcilier l'Eglise avec le monde de son temps - reprochent à ces " conservateurs " de donner à l'Eglise une dimension ringarde. Les charismatiques - adonnés à de ferventes pratiques de piété et à des formes de religiosité chaleureuses se présentent comme les meilleurs représentants de la foi au risque que leur caractère exalté et communautariste les laisse revêtir parfois pour les yeux extérieurs une allure équivoque de nature sectaire.
Alors peut-on croire, comme le soutiennent certains groupes, qu'il suffirait de retrouver le chemin de la religiosité en reprenant des rites anciens plus souvent hérités du XIXe siècle que de la tradition la plus lointaine ?
Comment ce retour passéiste pourrait-il permettre d'affronter les défis contemporains à relever pour reconnaître les signes des temps et témoigner de l'Evangile dans des sociétés occidentales sorties de la religion ?
En effet, aujourd'hui la foi chrétienne ne peut plus être considérée comme résultant d'une contrainte sociale. On ne devient pas chrétien par contrainte, mais par acte de liberté, et un acte qui est parfois onéreux. Et enfin -et ceci est également nouveau- il est évident qu'en étant chrétien dans une société qui n'est pas chrétienne, les croyants ne peuvent plus rêver d'imposer leur foi. Il s'agit moins, pour nombre d'auteurs, de se lancer à une reconquête du terrain perdu que de
se situer autrement comme catholiques. Estimant que" la sécularisation si forte qu'elle soit n'exclut pas cette espèce d'attente de Dieu à l'intérieur des cœurs et des consciences, l'homme qui croit en Dieu croit que Dieu l'appelle à aller vers Lui en marchant au milieu des autres " note de son côté l'évêque d'Angoulême et académicien Claude Dagens p.38.
Un cheminement chrétien aujourd'hui ne demande-t-il pas plutôt de prospecter des voies nouvelles pour vivre la proposition chrétienne ? Les points de vue de certains spécialistes permettent de dégager un certain nombre de pistes qui semblent converger :
un message évangélique radicalement revisité, un nécessaire renouveau ecclésial ...
Parler de cheminement chrétien, cela signifie que les croyants sont appelés, malgré les trébuchements de la marche à ouvrir ce chemin ( et jamais à le fermer) et aussi à le jalonner, en permettant sans doute des avancées pas après pas, des étapes.


La norme pour réformer l'Eglise dans la vision de Hans KÜNG: Jésus-Christ historique attesté dans la Bible.
Contrairement tant aux tenants d'une vision harmonieuse et optimiste de l'histoire de l'Eglise qu'à l' interprétation historique dénonciatrice et haineuse le grand théologien, plus jeune expert à Vatican II, plaide pour la recherche d'un jugement nuancé. S'il est amené à critiquer l'Eglise dans son développement historique en tant qu'institution il insiste sur sa foi inébranlable en Jésus-Christ, à sa Personne et à sa Cause.
Sur ces bases il estime que l'Eglise ne pourra être sauvée " que si l' l'Esprit de Jésus-Christ remet en marche la communauté de foi et redonne aussi une crédibilité, une capacité d'être compris et acceptés à ses dirigeants. Mais d'un autre côté, cela dépend aussi des hommes qui forment cette communauté de croyants et qui sont ouverts à ce souffle de l'Esprit qui souffle où il veut " p.59.
Le diagnostic de l'auteur est que la communauté de l'Eglise souffre à cause du système de pouvoir romain qui s'est établi progressivement au premier siècle après Jésus-Christ et qui fut proclamé théoriquement à Rome dès le milieu du premier millénaire. Repoussé plusieurs fois dans l'Eglise, ce système s'imposa en Occident au début du deuxième millénaire.
Hans Küng estime que la théologie occidentale montre que la constitution de l'Eglise primitive et celle de la grande tradition catholique du premier millénaire correspondent mieux à la conception démocratique de l'époque actuelle. C'est seulement ainsi qu'il deviendra possible d'apprendre des autres religions et de mettre en valeur les autres cultures dans une Eglise vraiment universelle. Dans le respect de l'histoire des autres religions, les richesses souvent évincées, des autres cultures peuvent être accueillies pour approfondir notre propre pratique. L'Eglise peut alors, sans amalgame ni syncrétisme, intégrer d'autres traditions d'esthétique, de méditation et de liturgie : c'est l'inculturation du christianisme dans des contextes divers.
Rome devrait donc admettre de laisser une autonomie convenable aux diverses Eglises nationales, régionales ou locales. Les Eglises doivent pouvoir façonner dans d'autres cultures leurs styles de vie et d'organisation, sous leur propre responsabilité. C'est une condition préalable pour leur contribution à la solution des problèmes sociaux immenses qui se posent dans ces continents, par exemple celui de la surpopulation.p.135
Pour se libérer de la perte de confiance et de la dégradation de l'image de l'institution ecclésiastique il semble qu'il faille se tourner résolument vers les origines chrétiennes de l'Eglise, telles qu'elles sont attestées dans le Nouveau Testament. p.170
" Le visage plus " démocratique " de l'Eglise de Paul et du Nouveau Testament en général, ainsi qu'il régnait encore largement dans l'Eglise du premier millénaire, exigeait unité dans la diversité des langues, des liturgies, des théologies et des formes de direction particulières, ainsi qu'on peut l'observer encore dans les Eglises du monde. La vision catholique réaliste de l'Eglise - à distinguer de l'unité romaine illusoire - prend aussi au sérieux, en plus de la dimension spatiale ou géographique, la dimension temporelle ou historique de la catholicité : le judéo-christianisme ancien tout autant que le christianisme ultérieur de la Réforme et le christianisme moderne qui a traversé les Lumières.
Bien entendu, de nos jours aussi, l'Eglise doit préserver son identité. et rester un lieu où la religion est chez elle. Elle ne doit d'aucune façon se soumettre au diktat d'une radicalisation des Lumières, et encore moins perdre son essence par un processus de dissolution dans le monde séculier. Pas plus qu'elle ne doit se conformer totalement ou chercher à plaire à la société moderne, à l'aide d'initiatives de communications raffinées, de campagnes de marketing et d'image, ou de pures stratégies économiques. Mais d'un autre côté, elle ne doit pas non plus tenter de préserver son identité en s'accrochant à des traditions, des formulations, des formes et problématiques dépassées. Elle doit au contraire sans cesse refonder son identité catholique dans la foi en Jésus-Christ, l'unique Seigneur de l'Eglise, et vivre cette foi dans une continuité pratique.. Jadis il s'agissait certainement aussi de cette continuité pour Pierre, et aujourd'hui ce doit être le cas pour le pape s'il prétend être le successeur de Pierre. " p.172-173.

"L'Eglise est dans sa définition brève, la communauté de ceux qui ont la foi en Christ : la communauté de ceux qui attestent activement que Jésus-Christ et sa cause, pour lesquels ils se sont engagés, sont l'espérance pour le monde.
L'Eglise est crédible lorsqu'elle ne parle pas en première ligne du message chrétien à d'autres mais à elle-même, et que de la sorte elle ne fait pas que prêcher les exigences de Jésus, mais aussi les réalise. Toute sa crédibilité tient donc à la fidélité à Jésus-Christ. Dans cette mesure, aucune des Eglises actuelles-et pas non plus l'Eglise catholique - n'est automatiquement et à tous égards identique à l'Eglise de Jésus-Christ. Une Eglise ne l'est que si elle reste fidèle à Jésus-Christ en paroles et en actes.
Toutes les réformes doivent donc se laisser mesurer au critère central de l'Eglise : au Jésus historique, tel qu'il vient à notre rencontre dans le Nouveau Testament, équivalant à nul autre dans sa prédication, son comportement et son destin, comme Christ des chrétiens, en dépit de toutes les tentatives critiques pour le réduire à néant. Encore faut-il qu'il soit transmis aux hommes d'aujourd'hui dans un langage actuel, et non dans un langage dogmatique et archaïque, incompréhensible pour les "laïcs". Il entre alors vivant dans notre présent et en devient un critère concret.
On ne peut pas alors imaginer que Lui auquel en appelle le christianisme, s'il revenait... manifesterait de nos jours dans les questions controversées les mêmes dispositions que les autorités ecclésiastiques romaines, et souvent aussi les non romaines :
- que Lui, qui mettait en garde les Pharisiens contre les fardeaux trop lourds qu'ils plaçaient sur les épaules des hommes, déclarerait aujourd'hui encore que toute contraception "artificielle" est un péché mortel qui vide la sexualité de sa substance et qu'elle confine à l'avortement ;
- que Lui, qui justement, invitait les déchus à sa table, interdirait à jamais sa table à tous les divorcés remariés ;
- que Lui, qui était constamment accompagné par des femmes ( se souciant de ses besoins ) et dont les apôtres étaient tous mariés, interdirait, dans la situation actuelle, le mariage à tous les hommes ordonnés, mais aussi l'ordination à toutes les femmes ;
- que Lui priverait progressivement les paroisses de leur prêtre et de leurs aumôniers et donc de leur célébration eucharistique régulière ;
- que Lui, qui a pris la défense de la femme adultère et des pécheurs, édicterait de durs verdicts sur des questions délicates comme les rapports sexuels prénuptiaux, l'homosexualité et l'avortement, qu'il faut à l'évidence juger selon un regard critique qui sait différencier.
Non je ne peux pas non plus envisager que, s'il revenait aujourd'hui, Il serait d'accord :
- si dans le domaine oecuménique, on maintenait la différence de confession comme un obstacle au mariage et même pour les théologiens laïcs ( de même pour les candidats protestants au pastorat ), comme un obstacle à exercer un service pastoral ;
- si l'on contestait la validité de l'ordination et de la célébration eucharistique des pasteurs protestants ;
- si l'on empêchait l'hospitalité eucharistique et les célébrations eucharistiques communes, la construction commune d'églises et de centres paroissiaux ainsi que l'instruction religieuse oecuménique ;
- si au lieu de convaincre par des arguments ses propres théologiens, aumôniers, vicaires et catéchistes, mais aussi ses journalistes, ses représentants associatifs et ses responsables d'organisations de la jeunesse, on cherchait à les tenir en laisse par des sanctions, des décrets, des " déclarations " et des retraits de la missio...
Finalement, je ne peux davantage envisager qu'Il contesterait que les non-juifs et les non-chrétiens reconnaissent aussi le véritable Dieu et peuvent trouver le chemin qui mène jusqu'à Lui. Il a traité les gens de croyance différente d'une autre façon que beaucoup d'"orthodoxes" ou de " bons pratiquants " contemporains. Il les a respectés en tant que personne en reconnaissant leur dignité. Lui qui était né d'une mère juive se réjouissait de la foi d'une femme syro-phénicienne ou d'un officier romain. Il accueillait amicalement les Grecs qui souhaitaient le voir et, non sans provocation, il proposait à ses compatriotes juifs un samaritain hérétique comme l'inoubliable modèle de l'amour du prochain."



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Le Christ entouré des évangélistes. Cathédrale d'Angoulême, Charente.

Au vu de ce Jésus-Christ, les nécessaires réformes peuvent être précisées à travers les exigences concrètes suivantes. De son point de vue il importe finalement de tenir ceci :
" L'Eglise ne doit pas être comprise comme un appareil de pouvoir en permanence gêné par le dialogue et la démocratie, mais comme " peuple de Dieu ", " corps du Christ " et communauté mondiale et locale de l'Esprit.
Le ministère ecclésial doit être compris comme un " service " auprès des hommes.
Le pape doit être compris comme l'évêque qui guide l'Eglise catholique, dont la primauté collégiale et pastorale est intégrée dans un collège épiscopal au service de l'oecuménisme dans son ensemble".

Joseph Moingt. Croire quand même. Libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme, Temps présent, 2010
Si donc ( le christianisme) ne peut plus être la religion du monde occidental comme il l'a été dans le passé, il ne pourra continuer à nourrir du moins sa spiritualité qu'en restant identique à lui-même, mais non sans un grand effort d'innovation dans ses structures et d'inventivité aux fins de communication.
L'établissement d'un dialogue interprétatif de la tradition entre le pouvoir religieux et les communautés de fidèles me parait être la condition nécessaire à la survie de l'Eglise dans les sociétés démocratiques modernes. p. 64
La raréfaction des prêtres, religieux et religieuses va incontestablement désorganiser l'Eglise, changer sa figure, l'obliger à se refonder sur sa base laïque, à partir de petites communautés qu'on voit déjà se former, dans l'ordre ou le désordre, assidues à l'étude de l'Evangile, appliquées à en vivre fraternellement, à le mettre en oeuvre dans la société, pour y entretenir la tradition de la foi chrétienne dont elle s'est longtemps nourrie. Voilà dans quel sens je pressens ou j'espère que va évoluer l'avenir de l'Eglise, qu'elle y trouvera un renouveau de vitalité, et qu'elle continuera à apporter son aide à la recherche de sens de nos contemporains. p. 52.....
...L'Eglise qui se sent en train de dépérir en tant que religion a tout intérêt à se rappeler qu'elle n'est pas seulement religion, mais aussi-mais d'abord -Evangile. Et pour moi, c'est à partir de l'Evangile qu'elle pourra se revivifier même comme religion.
L'auteur invite le fidèle à penser sa foi autrement. Il propose de distinguer le mot
foi et le mot croyance pour personnaliser davantage la foi en tant qu'engagement de l'individu qui prend en main ses destinées, qui réfléchit sur son être au monde, sur son vivre en société et qui oriente son destin selon un lien personnel avec Dieu mais autrement qu'elle n'est actuellement, ou qu'elle n'était dans le passé. p. 96
La foi c'est l'acte de marcher, d'aller de l'avant, sans s'arrêter ni regarder en arrière, acte de se laisser aspirer par un terme infini dont nous ne savons rien sinon qu'il est notre façon d'exister. Ce n'est pas remettre notre vie dans la main des dieux, c'est la prendre en charge et lui assigner un but infini dont on éprouve que c'est lui qui nous a mis et nous maintient en route.
La foi est la réponse à l'appel de Jésus à le suivre, la confiance mise en Dieu comme en son père, l'inventivité de la charité, l'espérance du Royaume.p.141. En d'autres termes, précise l'auteur, la foi est l'assentiment donné aux points fondamentaux de la croyance chrétienne, ceux qui s'énoncent dans le Symbole des Apôtres et l'engagement à vivre selon l'esprit de l'Evangile.
Une Eglise envisagée comme communion d'églises. Il faudrait mettre de la collégialité et de la subsidiarité dans l'Eglise afin que les affaires de l'Eglise universelle ne soient pas toutes réglées exclusivement par les fonctionnaires du Vatican.
La Curie formant un monde, et un petit monde qui empêche de voir le vaste monde, il faut revenir à l'esprit du concile pour repartir de l'avant suggère
Joseph Moingt.
L'Evangile n'est pas une voie de salut parmi d'autres; il est la voie de l'accomplissement de l'homme en tant qu'homme, selon le projet de Dieu qui l'a créé " à son image"p.189
L'idée se répand chez les théologiens que l'unité voulue par le Christ pour son Eglise n'est pas de type hiérarchique, mais une communion d'Eglises qui vivraient chacune sur un mode de communion.p.200
...le salut chrétien n'est pas à envisager uniquement dans une autre vie, un au-delà; c'est d'abord ce qui va changer notre manière d'être homme, d'être membre d'une société, d'être citoyen, de faire l'histoire avec d'autres.p.204
que l'esprit de communion l'emporte sur le légalisme de l'institution. p.228
"Pour moi, le salut! se fait de manière continue. La résurrection est un processus humain et cosmique continu. Nous ressuscitons dès maintenant par l'existence qu'à la fois nous nous donnons et recevons de Dieu dans l'invisible du monde, et non dans un autre monde invisible, notre charité, notre liberté, notre travail avec les autres ; et ce qui suit la mort sera la continuation de ce travail d'une autre façon, dans l'invisible de l'histoire où nous aurons toujours des moyens d'action non pas magiques mais grâce à la circulation de l'Esprit qui se fait des vivants aux morts. C'est ainsi que je pense ce qu'on appelle l'autre vie, et qui est en réalité l'en deça et l'au-delà de la vie sur terre, car la vie est une". p.224
Joseph Moingt. Evangile et état présent du monde : de la possibilité d'une ouverture de l'Eglise sur le monde. "Faire bouger l'Eglise catholique", Desclée de Brouwer, 2012
Face à la crise que connait l'Eglise ce théologien jésuite a acquis la conviction qu'un recentrage sur l'Evangile plutôt que sur la religion est nécessaire pour que l'esprit évangélique puisse être entendu du monde actuel.
Par suite, "tous ceux qui voudraient ramener de Vatican II à Vatican I et à Trente sont en train de saper rigoureusement la possibilité d'une ouverture de l'Eglise sur le monde, c'est-à-dire la possibilité d'une parole vraiment évangélique.
L'homme de la modernité s'intéresse par priorité à son avenir terrestre, alors que l'Eglise prétend s'imposer à lui par la seule vue des choses célestes. Voilà pourquoi cet homme a besoin de redécouvrir l'Evangile pour lui-même en dehors d'une institution du faire croire.
Quels hommes l'Evangile nous invite-il à devenir ?
Nous rendre plus humains, nous aider à avancer sur notre chemin d'humanité et que cela nous soutienne dans l'approfondissement de notre foi.
Le Nouveau Testament comme la tradition la plus ancienne laissent à l'Eglise une grande marge de manoeuvre pour adapter sa gouvernance aux évolutions et nécessités du temps".
Dans un précédent ouvrage (
Dieu qui vient à l'homme, Editions du Cerf, 2007, p.age 867), Joseph Moingt remarquait déjà que " dans les mutations qu'elle aura le courage d'affronter, dans le nouveau positionnement et ajustement mutuel des ministres et des fidèles, des communautés et des administrations, l'Eglise trouvera la chance de renaître de la mort où l'entraîne son attachement à un passé de puissance. Elle présentera au monde un nouveau visage, celui d'une autorité décléricalisée et libératrice, celui d'un laïcat promu à la pleine citoyenneté chrétienne, et à travers l'un et l'autre, le vrai visage de l'Evangile porteur de la liberté promise à l'humanité nouvelle qui aspire elle aussi à sortir de la mort".p.181
Une proposition : l'impératif du double service de Dieu et des hommes. Joseph DORE, ancien archevêque de Strasbourg, rappelle que la mission de l'Eglise est de penser la foi pour une époque marquée par le désintérêt, voire même la dérision, et qui n'est pas disposée à s'en laisser compter trop facilement. De récentes affaires ne font qu'accentuer la détérioration de l'image de l'Eglise.
Alors l'évêque-théologien avance une proposition de revitalisation ecclésiale pour aujourd'hui et pour demain en cinq points :
1. Ouvrir les yeux sur ce qui est réellement en train de se passer.
Le temps du cléricalisme et du triomphalisme ecclésiastique est révolu. Si nous sommes ou prétendons être détenteurs d'une réelle spécificité, voire d'un trésor unique, il nous incombe de le donner à reconnaître au sein même de la condition humaine commune à tous.
2. Réinterroger notre héritage : se tourner vers Jésus et son Evangile.
Pour l'évêque théologien l'avenir de l'Eglise se jouera sur des foyers de vie réellement évangélique p. 62- 63 quelque soit leur nature. De tels lieux pourront véritablement être des sources non seulement de vitalité mais de revitalisation ecclésiale.
3. II incombe aux chrétiens de témoigner : passer aux actes et aux paroles.
4. Nous ingénier à faire comprendre qu'en tout cela c'est toujours la cause de l'homme qui nous importe : la résurrection du Christ et la paternité de Dieu viennent tout de même avant les enseigements sur le péché et l'enfer et avant les prescriptions éthiques.
5. Faire exister l'Eglise comme vraiment servante des hommes tels que Dieu les lui donne à aimer.
" Servir le Dieu de sa foi en servant la vie des hommes en ce monde : on fait bref mais juste en disant que telle doit être la règle cardinale de la vie et de l'action de toute l'Eglise. Cela doit caractériser les trois munera ou fonctions qui définissent sa mission : l'annonce prophétique du message, la célébration sacramentelle du mystère, le rassemblement d'un peuple de témoins de l'amour de Dieu. Chaque fois que, dans sa parole, l'Eglise s'exprime comme s'il lui suffisait d'édicter le vrai et le bien, au lieu de se préoccuper d'abord d'en témoigner vitalement et ensuite d'en rendre possible la réception et la reconnaissance de la part de ceux auxquels elle s'adresse : chaque fois que, dans sa célébration, le decorum, le sacral, le faste, les vieilleries ou l'insolite l'emportent sur l'appel à la" participation active et sur l'invitation à prolonger dans la vie ce qui a été partagé dans le culte ; chaque fois que, dans les interventions de ses responsables de tous niveaux, elle tend à se concentrer sur elle-même, sur la reconnaissance de son "autorité" et de son " pouvoir", au lieu de s'ouvrir ad extra et d'aller, avec les moyens qui lui sont propres, vers les hommes tels qu'ils sont dans le seul souci de les appeler et de les aider à faire croître en eux et entre eux le sens du service et de la fraternité - à chacune de ces fois, oui, elle doit bien se dire qu'elle est en train de manquer sa mission".
Peut-on vraiment rester catholique ? Un évêque théologien prend la parole, Bayard 2012, p. 97-98.

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Tympan du portail Nord, Saint-Benoît-sur-Loire, Loiret.

Le Christ de l'Apocalypse tient à la main le Livre de Vie. De chaque côté, dans des lobes, les quatre Evangélistes se tiennent assis. La première voussure de l'archivolte comporte des anges et la seconde des apôtres.

Des enjeux à la hauteur d'un concile . Christine PEDOTTI.
L'Eglise institutionnalisée, a perdu sa capacité d'orienter les dimensions morale, culturelle et sociale du monde contemporain. Si on estime que le retour vers le passé est une impasse, la question du rapport au monde demeure toujours posée : c'est à partir d'une analyse renouvelée du présent qu'il convient de dégager des perspectives d'avenir.
Un éventuel concile devrait engager le même programme qui fut celui de Vatican II : s'adresser au monde tel qu'il est, dans le langage et la culture du temps, pour remplir la mission propre de l'Eglise telle qu'elle la reçoit de Jésus lui-même : porter l'Evangile jusqu'aux extrémités de la Terre.
" Pour les courants progressistes ou libéraux " un nouveau concile devrait remettre à son programme les questions que Vatican II n'a pas assez traitées et qui doivent être reprises. Au premier titre, les questions de gouvernance, la collégialité et le rôle du pouvoir central, le rôle des prêtres, l'articulation des responsabilités clercs/laïcs. Il devrait aussi prendre à bras-le-corps les sujets qui ont été retirés par le pape de l'ordre du jour de Vatican II, principalement tout ce qui a trait aux questions anthropologiques, le regard chrétien sur la sexualité humaine, la fécondité et la procréation, la situation des femmes et les relations hommes/femmes, le célibat, le mariage, le divorce.
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Un concile aurait bien entendu aussi à considérer les nouveautés liées à la situation mondiale, à la limite des ressources naturelles et à leur partage. Un discours sur "Dieu créateur " ne peut se dispenser d'une réflexion sur l'usage de la création dont nous savons désormais qu'elle n'est pas un flux infini, mais un stock qu'il nous faut gérer dans le respect des générations futures.
Associée à cette perspective mondialisée se dessine la vaste question du " vivre ensemble " à l'échelle de la planète. Est-il possible d'établir une base éthique mondiale garantissant universellement les droits humains et la préservation de l'avenir planétaire ? nous espérons que oui. Dans ce cas il est nécessaire que les grandes religions, les écoles de sagesse et les différents courants philosophiques collaborent à leur élaboration. Cela suppose que l'on puisse parler avec des personnes qui n'ont pas la même vision de Dieu et même avec celles qui n'en ont pas, dans le respect et l'estime réciproques. Un concile pourrait poser des jalons pour le catholicisme, et plus largement pour le christianisme sans esprit de chapelle, sans exercer de jugement ni prétendre à la moindre prérogative autre que le souci de l'homme. Une religion qui professe le souci constant de Dieu à l'égard de l'homme devrait constituer l'une des locomotives d'un tel mouvement." p.172-174
De la nécessité d'un nouveau concile ?
Christine PEDOTTI - Faut-il faire Vatican III ?, Editions Taillandier, 2012.

La fraîcheur de l'Evangile ou POINTS DE CONVERGENCE entre auteurs : Jean-Claude Dagens, Joseph Doré, J.C. Guillebaud, Hans Küng, Joseph Moingt, Christine Pedotti, Albert Rouet.
Ces auteurs invitent à percevoir que le rapport des fidèles à la population a changé de sens et à en tirer les conséquences :

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Vieillards de l’Apocalypse, comblés de bonheur, les yeux levés vers le visage du Christ.
Abbaye Saint-Pierre de Moissac, Tarn-et-Garonne.

- Le principe laïc triomphe dans nos sociétés ; s'il n'est pas incompatible avec la quête spirituelle, en revanche il contraint les institutions religieuses à en tenir compte.
C'est dire qu'un nouveau rapport humain au religieux exige des églises, si elles veulent survivre, un nouvel entendement religieux.

Etre situés au milieu de tous et au service de tous, voilà une conviction et un engagement qui ne passent pas.Voilà ce qui empêche de nous réduire nous-mêmes à une minorité en voie d'extinction : c'est la logique de" la semence qui germe qui est la logique intime de la présence chrétienne.

-Se tourner avant tout vers Jésus et son Evangile .
- L'organisation institutionnelle et hiérarchique de l'Eglise catholique se montre défaillante en matière d'argent, de sexe et de pouvoir. Il y a là de quoi nourrir une profonde crise de confiance et constituer un obstacle puissant à la mission propre de l'Eglise telle qu'elle la reçoit de Jésus lui-même : porter l'Evangile jusqu'aux extrémités de la Terre.
- Il est urgent donc d'instaurer une claire hiérarchie des " vérités de la foi" afin que l'accessoire ne vienne pas brouiller l'essentiel.

L'Evangile se traduit en actes dès ses commencements, en acte de recréation de la société, d'humanisation, de regénération du monde : actes de fraternité et d'union, messages d'amitié, d'espoir et de joie car il est bonne nouvelle et parole d'amour.
-Maintenir une visée universaliste de l'Eglise et inventer en même temps concurremment, une certaine organisation démocratique, cela ne se fera pas du jour au lendemain.

-Davantage de pouvoirs aux évêques locaux.
" l'Eglise se présente comme un corps aux membres divers, un temple construit de multiples pierres, un pain pétri de mille grains en un mot une communion " .
-Il est possible qu'il faille " esquisser
une pastorale du changement par petits pas de travers et de côté ".


Après la démission du pape Benoît ( 11 février 2013 )
et l'élection du pape François ( 13 mars 2013 ) :

la foi comme chemin d'espérance menant du monde visible vers l'invisible :
une démarche pas à pas, de premières avancées réformatrices
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Christ au visage serein et apaisé du tympan de l’abbaye Saint-Pierre de Moissac, Tarn-et-Garonne.


PAPE FRANCOIS - L'Eglise que j'espère. Entretiens avec le père SPADARO, S.J. Flammarion/Etudes, Décembre 2013
On peut avoir de grands projets et les réaliser en agissant sur peu de petites choses....il y a toujours besoin de temps pour poser les bases d'un changement vrai et efficace le discernement est un pilier de la spiritualité du pape.p.36
Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l'Eglise aujourd'hui c'est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le coeur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l'Eglise comme un hôpital de campagne après une bataille.p.68
L'Eglise s'est parfois laissé enfermer dans de petites choses, de petits préceptes. Le plus important est la première annonce : "Jésus Christ t'a sauvé" !"
Les réformes structurelles ou organisationnelles sont secondaires, c'est-à-dire qu'elles viennent dans un deuxième temps. La première réforme doit être celle de la manière d'être.p.69

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Cloître Saint Trophime, Arles, Bouches-du-Rhône. Le Christ ressuscité apparaît aux pèlerins d'Emmaus portant comme eux une belle musette décorée.


Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. L'annonce n'est pas obsédée par la transmission désarticulée d'une multitude de doctrines à imposer avec insistance. L'annonce de type missionnaire se concentre sur l'essentiel, sur le nécessaire, qui est aussi ce qui passionne et attire le plus, ce qui rend le coeur tout brûlant, comme l'eurent les disciples d'Emmaüs. Nous devons donc trouver un nouvel équilibre, autrement l'édifice moral de l'Eglise risque lui aussi de s'écrouler comme un château de cartes, de perdre la fraîcheur et le parfum de l'Evangile. L'annonce évangélique doit être plus simple, profonde, irradiante. C'est à partir de cette annonce que viennent ensuite les conséquences morales.p.72
..L'annonce de l'amour salvifique de Dieu est premier par rapport à l'obligation morale et religieuse. Aujourd'hui, il semble parfois que prévaut l'ordre inverse. p.73
La manière de lire l'Evangile en l'actualisant, qui fut propre au concile, est absolument irréversible.p.78

PAPE FRANCOIS - La lumière de la foi. Lettre encyclique Lumen fidei, Artège, juillet 2013.
Dans le monde contemporain où l'homme pense qu'en s'éloignant de Dieu il se trouvera lui-même, la foi ne va bien sûr pas de soi. En un temps où l'homme a particulièrement besoin de lumière le nouveau pape François, dans sa lettre encyclique, rappelle que la foi apparaît pour le croyant comme une route à parcourir, ouverte à la rencontre avec le Dieu vivant.
" La foi chrétienne est foi en l'Incarnation du Verbe et en sa Résurrection dans la chair, foi en un Dieu qui s'est fait si proche qu'il est entré dans notre histoire", rappelle ainsi le pape.p.37
" L'idolâtrie n'offre pas un chemin, mais une multiplicité de sentiers, qui ne conduisent pas à un but certain et qui prennent plutôt l'aspect d'un labyrinthe. Celui qui ne veut pas faire confiance à Dieu doit écouter les voix des nombreuses idoles qui lui crient : " Fais-moi confiance ! " Dans la mesure où la foi est liée à la conversion, elle est l'opposé de l'idolâtrie ; elle est une rupture avec les idoles pour revenir au Dieu vivant, au moyen d'une rencontre personnelle. Croire signifie s'en remettre à un amour miséricordieux qui accueille toujours et pardonne, soutient et oriente l'existence, et qui se montre puissant dans sa capacité de redresser les déformations de notre histoire. La foi consiste dans la disponibilité à se laisser transformer toujours de nouveau par l'appel de Dieu. Voilà le paradoxe : en se tournant continuellement vers le Seigneur, l'homme trouve une route stable qui le libère du mouvement de dispersion auquel les idoles le soumettent ".p.27-28

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Tympan central de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul, Poitiers, Vienne.
Thème du jugement dernier avec la résurrection des morts et le pèsement des âmes.

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PAPE FRANCOIS - La joie de l'Evangile. Exhortation apostolique, Artège éditions, 2013
" Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l'Evangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d'autres formes d'expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d'aujourd'hui. p. 17
Je ne crois pas non plus qu'on doive attendre du magistère papal une parole définitive ou complète sur toutes les questions qui concernent l'Eglise et le monde. Il n'est pas opportun que le pape remplace les épiscopats locaux dans le discernement de toutes les problématiques qui se présentent sur leurs territoires. En ce sens, je sens la nécessité de progresser dans une " décentralisation " salutaire. p.24
Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l'Eglise n'est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile.p. 58
Je préfère une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu'une Eglise malade de la fermeture et du confort de s'accrocher à ses propres sécurités. p.59

L'engagement des laïcs" se limite bien des fois à des tâches internes à l'Eglise sans un réel engagement pour la mise en œuvre de l'Evangile en vue de la transformation de la société.p.117
Le sacerdoce réservé aux hommes, comme signe du Christ Epoux qui se livre dans l'eucharistie, est une question qui ne se discute pas, mais peut devenir un motif particulier si on identifie trop la puissance sacramentelle avec le pouvoir".p. 119 "Mais il faut encore élargir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l'Eglise.p.118
Les jeunes portent en eux les nouvelles tendances de l'humanité et nous ouvrent à l'avenir, de sorte que nous ne restions pas ancrés dans la nostalgie des structures et des habitudes qui ne sont plus porteuses de vie dans le monde actuel.p. 124
Une
prédication positive offre toujours l'espérance, oriente vers l'avenir, ne nous laisse pas prisonniers de la négativité.p. 179
Nous croyons à l'Evangile qui dit que le Règne de Dieu est déjà présent dans le monde, et qu'il se développe çà et là, de diverses manières : comme une poignée de levain, qui fait fermenter une grande quantité de farine.
L'évangélisation est la tâche de l'Eglise. Mais ce sujet de l'évangélisation est bien plus qu'une institution organique et hiérarchique, car avant tout c'est un peuple qui est en marche vers Dieu. Il s'agit certainement d'un mystère qui plonge ses racines dans la Trinité, mais qui a son caractère concret historique dans un peuple pèlerin et évangélisateur qui transcende toujours toute expression institutionnelle même nécessaire." p.126

PAPE FRANCOIS - Amour, Service et Humilité. Paris, Magnificat, mars 2013.
Dans ces exercices spirituels donnés à ses frères évêques à la manière de saint Ignace de Loyola, Jorge Mario Bergoglio invite à " suivre le Seigneur sur le chemin des Béatitudes" contre l'illusion des attitudes courantes de la nature humaine. p. 59
Et de préciser, il s'agit " de savoir si dans mon cœur, mais aussi dans celui de l'Eglise et dans celui de l'humanité tout entière, le Royaume des Cieux va être instauré, avec sa loi d'amour et avec la manière de vivre du Seigneur : pauvreté, humilité et service. Ou bien, si c'est le Royaume de ce monde qui va triompher, avec ses lois et ses valeurs de richesse, de vanité et d'orgueil". p.77


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Sur la base de ces principes énoncés par le pape François
de premières avancées concrètes réformatrices...
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- Le pape appelle à une réforme tous azimuths et à une revitalisation de l'Eglise pour qu'elle soit collégiale et défende les pauvres.
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Reprenant une idée du Concile Vatican II, il plaide pour donner plus d'autorité aux conférences des évêques " y compris doctrinale". Création d'un conseil de huit cardinaux de terrain de tous continents et de toutes tendances chargé d'aider le pape dans le gouvernement de l'Eglise et la réforme de la curie romaine. Multiplication de commissions pour faire remonter des pistes
- Le pape critique aussi un certain eurocentrisme, et évoque la légitimité de la "liberté" dans l'Eglise des recherches sur " d'innombrables questions" il met l'accent sur la relativité de la faute en fonction des facteurs personnels.
- Le désuet système financier du Vatican qui avait commencé à être réformé par Benoît XVI va connaître une vaste restructuration des activités économiques au Vatican.
Un Français, Jean-Baptiste de Franssu, doit remplacer l'Allemand Ernst von Freyberg à la tête de l'IOR, "banque du pape" rénovée et modernisée après des décennies d'opacité et de tribulations, qui ont contribué à ternir sa réputation.
- Depuis son élection, le pape François a confirmé ses positions pour les droits économiques et sociaux, contre la corruption, "l'idôlatrie de l'argent.
Plusieurs paroles et gestes récents semblent montrer qu’il entend surmonter une fracture qu'il juge dépassée en Amérique Latine entre les partisans et adversaires de la Théologie de la Libération née en Amérique latine dans les années 1970, qui plaidait la cause d'une Eglise plus proche des pauvres et des déshérités. Il a ainsi reçu un des "pères" de la Théologie de la libération, le prêtre péruvien Gustavo Gutierrez et réaffirmé son soutien à la cause de béatification de l'archevêque de San Salvador, Oscar Romero.

- De premières avancées réformatrices mais aussi des dénonciations des thèses qui postulent " qu'aller de l'avant dans n'importe quel choix est préférable au fait de rester dans les habitudes de la fidélité".
François un pape populaire, bénéficiant d'une forte empathie globale, est vu positivement dans les milieux catholiques progressistes mais suscite diverses crispations tant au Vatican que dans certains milieux traditionalistes ou dans des courants lui reprochant l'absence de tournants majeurs sur des questions de mœurs et de thèmes sociétaux : question du célibat des prêtres ou de l'ordination des femmes, grave problème des prêtres pédophiles, " la défense des enfants à naître...", scandale du Vatileaks...
Puisse le pape, dont l'image est auréolée d'espoirs, s'appuyer à son tour sur une hiérarchie des points fondamentaux de la foi chrétienne- ceux qui s'énoncent dans le Symbole des Apôtres et l'engagement à vivre selon l'esprit de l'Evangile- afin que ce qui est second ne vienne pas brouiller le principal.

Comme le chemin se trace pas à pas, à n'en pas douter beaucoup de réformes produiront du fruit mais demanderont du temps : selon les domaines et leur nature certaines pourraient se faire à court terme tandis que d'autres ne pourront voir le jour qu'à moyen et à long termes.
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