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Ancienne abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes, Deux-Sèvres.
Deux pèlerins en chemin tenant leur bâton de marche.


Pèlerins ! Pèlerins !


L'homme, comme tous les êtres vivants, passe sur la scène du monde. Le temps passe et l'homme avec ! L'homme naît, est de son temps et subit les outrages du temps ; un jour le temps lui redemande sa vie, et il finit par passer un jour du temps. Qu'est-ce que la vie, sinon un ensemble de flux et de reflux, de peines et de joies, de soucis et de plaisirs différents selon l'âge et la condition sociale. La vie est une aventure plus ou moins courte avec ses moments de bénédiction et d'affliction. Pour l’homme le propre de la vie est de tendre vers un but, d’accomplir son projet existentiel. Ce qui fait la valeur d’une existence c’est sa tension permanente vers un à-venir, vers un en-avant dont elle reçoit son sens.
La vie c’est cela : des gens qui attendent quelque chose de l’existence, d’autres qui se heurtent frontalement à un mur qui bouche, sans espoir d’éclaircie, l’horizon. La vie de l’être humain c’est avant tout le temps qui passe inexorablement, c’est-à-dire des années qui succèdent aux années, obscurcies par la brume de la routine quotidienne, pimentées par les percées lumineuses que sont les rares moments de bonheur.
La barque de l’existence demeure soumise aux aléas du temps.
Que sa vie ait été remplie de délices ou que les maux l'aient emporté l'homme sera obligé de la quitter pour retourner à la terre d'où il a été tiré. La condition humaine est marquée par le temps. C'est le lot de quiconque et personne ne peut arrêter son cours. Cette assertion qui a la banalité de l'évidence, chacun la redécouvre à un moment où l'autre de son existence. L'image de la dernière nouvelle tuant la précédente qui s'était elle-même substituée à une autre traduit avec force le temps qui passe et échappe. Quoi qu'il en soit qui n'a jamais éprouvé le vertige du temps qui s'enfuit trop vite et qui consume sournoisement de l'intérieur ?

LE CHEMIN DE VIE DE L'HOMME MEDIEVAL.

Aux temps romans l’ornementation symbolique de la baie absidiale de l’église d’Aulnay-de-Saintonge, Charente-Maritime, peut fournir le fil conducteur de la spiritualité de l'époque.

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Fenêtre axiale du chevet de l'église d'Aulnay de Saintonge, Charente-Maritime.

Chaque côté de la fenêtre est décoré d’un réseau folié dans lequel sont inscrits de petits personnages vus de profil. Ces hommes semblent chercher à s’extraire de ce maillage végétalisé au sein duquel ils se débattent afin de progresser toujours plus haut.
Dans la mesure où ces rinceaux peuvent être considérés comme des chemins de vie semés d’épreuves, d’embûches et parcourus de tensions c’est une symbolisation de l’existence humaine médiévale en quête d’elle-même et du divin qui nous est proposée par cette «  échelle du salut ». Il s’agit pour le commanditaire et l’imagier d’exalter les vertus de la vie spirituelle. L'image de l'échelle entend évoquer le parcours terrestre accidenté de l'homme qui doit surmonter écueils, tentations et risques de chutes afin de tendre vers un état supérieur de conscience et maîtriser sa propre destinée.
L'homme des temps romans doit marcher sur terre en regardant vers le ciel. Son péché tend à l'attirer vers le bas alors qu'il doit être pleinement tourné vers la Lumière.
Les dimensions sensibles retenues, par la complexité des connexions, évoquent la pluralité des expériences vécues au cours d'une existence et sont susceptibles de suggérer de la pensée et de conduire vers le spirituel. L'imagier sait que les sculptures sont un des barreaux de l'échelle conduisant de la terre au monde d'en-haut. Chaque fidèle ou chaque pèlerin a ainsi la possibilité de progresser vers la Cité céleste.
A cette époque médiévale l'art d'édifier et l'art de former l'homme n'étaient pas séparés. L'ici-bas doit être globalement en concordance avec le ciel.
En conséquence, à l'époque médiévale, nombreux sont ceux qui cheminent sur les chemins de terre, le regard tourné vers le ciel. La religion imprégnant profondément la société médiévale, nombreux sont les femmes et les hommes qui prennent leur besace et leur bâton de marche pour accomplir un pèlerinage. A une époque où le souci du salut constitue une préoccupation majeure de tous les croyants, accomplir un pèlerinage pour se rendre à Jérusalem prier sur le tombeau du Christ, à Rome sur le tombeau de l'apôtre Pierre, à Compostelle, en mémoire de l'apôtre Jacques, est faire acte de pénitence, d'humilité et de foi.

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Extrait du linteau du portail de la cathédrale Saint-Lazare d’Autun, Saône-et-Loire.

Parmi les élus en marche vers le Christ qu'ils cherchent des yeux, on observe un pèlerin de Jérusalem avec son sac orné d'une croix et un jacquet - pèlerin de Compostelle - avec son sac orné de la célèbre coquille ; il ne lui manque que son bourdon ( bâton de marche ). Un pèlerinage constitue d'abord un défi physique : la route est longue. Tenir la distance, affronter les intempéries, mais aussi courir le risque de rencontrer des brigands témoignent d'une foi profonde. Nombre de lieux de prière jalonnent le chemin : à mesure que le temps passe la recherche d'un sens à la vie s'approfondit. Le pèlerinage constitue donc une démarche, à la fois physique et spirituelle, en vue de la transformation intérieure de celui qui l'accomplit.


CHEMINS DE VIE ET HOMMES CONTEMPORAINS.

Bien sûr, par rapport à la période médiévale, les hommes d'aujourd'hui ont vu se modifier leurs façons d'être, de penser et de vivre ; mais ce qui n'a pas changé c'est l' humaine condition : naître, être emporté par le temps et mourir.

Sur le chemin de la vie l'homme naît, mène - éventuellement - de belles années, aime, se reproduit. Puis avec la maturité il essaie de conserver un air jeune et puis, soudain, le corps se délitant, il prend douloureusement conscience qu'il est devenu vieux... C'est de ce temps qui passe - trop vite - qu'est faite une vie humaine ! L'amour et la mort sont les dimensions inséparables de la vie.

Au cours de son existence l'homme actuel vit le plus souvent à " la va-comme-je-te-pousse " : il travaille s'il n'est pas au chômage, se divertit, essaie de satisfaire ses passions, il lui arrive de protester, de manifester, voire de faire la guerre. Dans un monde désenchanté, fait d'exploitation, de violences, de crimes, de terreurs l'homme vit dans l'instant présent, le plus souvent sans s'interroger sur l'être, sans méditer sur les fins dernières.

C'est une situation vécue bien différente de celle des
hommes des temps passés qui croyaient pour la plupart à une puissance extérieure à ce monde et au temps que ce soit sous la forme de dieux ou de Dieu.

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Labyrinthe mural de la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul, Poitiers, Vienne.

Sur le mur nord de la nef, ce dessin en forme d'arbre, gravé dans la pierre représente peut-être le labyrinthe qui existait au sol - comme dans les cathédrales d'Amiens et de Chartres- et qui a disparu avec la réfection du pavement au XIXe siècle. La gravure est faite d'un seul trait et les deux cheminements proposés, par les entrées supérieures et inférieures ne se rejoignent pas.
Signe du déroulement de la vie dans le monde gréco-romain, l'arbre est ici élevé dans le monde chrétien au rang de symbole de la marche trébuchante du croyant vers la Jérusalem céleste. Le labyrinthe évoquerait ainsi le pèlerinage terrestre de l'homme, un parcours aux chemins pluriels vers Dieu.



Aujourd'hui les hommes ont tendance à suivre des chemins différents et divers.83
L'échangeur le plus compliqué du monde. © lumieresdelaville.net 83.jpg


L'homme contemporain connaît ses origines ; s'il n'a pas vaincu le temps il a maîtrisé l'espace. Il a tendance à prendre en main son destin sans se référer à une Providence comme au long des siècles précédents. Alors que la science - qui fait l'orgueil de l'homme par les lois qu'elle énonce - nous a plus appris sur l'être humain et sur le monde durant le siècle écoulé qu'au cours de tous les millénaires passés, elle reste muette sur l'être de l'homme, les fins dernières, le sens de la vie.
La science est, la science explique ; toutefois ne reste-il pas en dehors de son champ une place pour autre chose ?
A un moment ou un autre de sa vie, de façon directe ou indirecte, il est rare qu'il ne soit pas amené à se confronter aux deux interrogations, sans doute banales mais peut-être sans réponse assurée, de l'existence de Dieu et de l'après-mort.

Aujourd'hui comme hier l'homme sait qu'il doit mourir, mais afin de continuer à vivre, il fait mine de ne pas y penser et se comporte comme s'il n'allait jamais disparaître, repoussant indéfiniment le moment de s'interroger sur le sens que pourrait prendre sa vie ; il se contente de naviguer le plus souvent à vue plutôt que de se fixer un cap en vue d'une destination qu'il espère lointaine, nourrissant l'espoir de très longs jours.


Ce monde est peu de chose et pourtant il est beaucoup. La vie moderne est difficile, mais ne l’a-t-elle pas toujours été ? Alors même que nos sociétés occidentales sont plus riches que jamais se perpétuent les craintes et les angoisses du lendemain. Les ombres des difficultés de l’existence se profilent toujours derrière les lumières consuméristes. Néanmoins, malgré les incertitudes et les malheurs, c’est un grand bonheur de traverser furtivement le monde et le temps, vivant des printemps, qui au gré de la jeunesse ne passent pas assez vite, et des automnes toujours trop fuyants pour les personnes au soir de la vie.
L’individu de la société globalisée du début du XXIe siècle recherche les avantages que lui rapporte le monde moderne avec en prime l’harmonie intérieure.
Paradoxalement, dans la mesure où l’individu est de plus en plus " libéré "  des cadres structurants collectifs civils et religieux qui encadraient jusqu’ici sa vie il doit faire face seul et sans repères aux épreuves de l’existence.
Quelle place occupe la religion dans la société française sécularisée ? Comment se manifestent aujourd'hui les formes d'expression du religieux ?
Au-delà des vains débats opposant créationnistes et matérialistes, indépendamment des semaines agitées du premier trimestre 2009 tristement marquées par les inadmissibles et désastreux propos négationnistes d'un évêque intégriste, chaque homme se doit toujours de construire le sens de sa vie. La Grande Loge de France en a même fait un axe de réflexion lors d'un colloque organisé en mars 2009 : " laïcité, spiritualité, religions, franc-maçonnerie ". Aujourd'hui comme hier l'homme doit faire des choix existentiels.

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Pèlerin. Détail de la frise de l'abbatiale d'Andlau, Bas-Rhin.


A quels repères se fixer pour baliser le chemin de notre existence ? La faillite des grands systèmes idéologiques, l’insatisfaction liée au matérialisme du quotidien, un certain vide du politique incapable de fournir des raisons d’agir et d’espérer ont creusé une béance dans le cœur de l’homme du XXIe siècle. Un espace a été libéré pour la recherche spirituelle. Il faut voir comme un signe des temps, la multiplication ces dernières années des ouvrages sur les religions et la reprise de débats sur le " retour " du religieux. Aujourd'hui, c'est sur le Web même que Dieu est présent. Un nouveau paysage “religieux” se forme. Sur la Toile les sectes, les groupes minoritaires disposent de la même tribune que les religions institutionnalisées traditionnelles. Ainsi, la spiritualité est de retour, spécialement sous la forme d’une recherche de sagesse et d’une quête de sens.

On croyait en avoir fini avec toute idée de transcendance et beaucoup pensaient que les hommes s'accommoderaient d'une existence réconciliée avec elle-même. Or, au tournant du siècle, religions et attitudes religieuses sont encore sur le devant de la scène du monde.
La fin du XXe siècle aura été marquée par le reflux des grandes grandes croyances collectives et la montée de l'individualisme. Les rapports au monde changent ;
le champ religieux se transforme dans une société en mouvement. Sur une toile de fond d'indifférence, il arrive que les questions majeures de notre présence au monde - vie, mort - continuent à apparaître comme un appel de sens.
Un
nouveau paysage spirituel permet de mieux comprendre notre époque marquée par le manque de repères pour baliser notre existence.
A la façon de voir imposée par l'institution ecclésiastique, dans une situation de chrétienté, succèdent aujourd'hui, dans un contexte de retrait des croyances religieuses traditionnelles, de multiples propositions : athéisme assuré de lui-même, agnosticisme, simple indifférentisme, bricolage individualisé de croyances, religions historiques ...

C'est dans ce contexte que la spiritualité peut encore interpeller aujourd'hui, sans avoir recours, pour un certain nombre de philosophes, ni à des croyances surnaturelles, ni à la foi en Dieu, mais en développant une forme de sagesse s'enracinant dans les qualités essentielles de cet être doué de raison qu'est l'homme. Tous différents les individus doivent donner du sens à leur vie, apprendre à devenir humains.

Les interrogations sur le sens de la vie menées ici entendent modestement préparer le cheminement en présentant des parcours et des paroles de vie sous forme de morceaux choisis.
Il est bien entendu que seule l'étude directe des travaux de ces chercheurs peut en restituer intégralement la saveur. C'est donc tout naturellement que nous déclarons notre dette aux auteurs dont les oeuvres ont été notre guide.
Ce site se veut une humble médiation entre les voix autorisées, dont nous avons retenu certaines paroles, et l’homme ordinaire.

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