Eglise Saint-Etienne
de Neuvy-Saint-Sépulcre
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Au cœur du village l'ancienne collégiale Saint-Jacques-le-Majeur des XI et XIIe siècles évoque le Saint Sépulcre de Jérusalem. La basilique
abrite en effet depuis 1257 (suite à la croisade du roi saint Louis) trois gouttes du Précieux Sang du Christ qui font l’objet annuellement
d’une procession célébrée le lundi de Pâques.





Fondée entre 1034 et 1049, .à l’initiative d’Eudes de Déols, dit l’Ancien, l'église et ses dépendances -cloître, maison de chanoines - étaient à l'origine situées dans l'enceinte d'un château fortifié qui servait de refuge à la population.
La date de la fondation de la rotonde, mentionnée par les chroniques, remonte aux années 1042-1045. On peut penser que la nef a été édifiée peu d'années avant la réalisation de la rotonde, probablement avant la fin de la première moitié du XIe s.

Devenue église paroissiale et classée “monument historique” en 1847, elle fut alors l’objet d’une importante campagne de restauration.
Enfin, la restauration menée entre 1993 et 1998 a permis de rendre à l’édifice sa splendeur primitive.
Finalement, l'église sera inscrite en décembre1998 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle.
L'église comporte en fait deux bâtiments : une construction du XIe siècle " la basilique " comportant une nef avec bas-côtés, sans transept et un monument de plan circulaire dit la rotonde.


























































































































Aperçu extérieur de Saint-Etienne de Neuvy, autrefois ancienne collégiale Saint-Jacques.
L'édifice comporte deux constructions : une rotonde accolée à l'église basilicale à trois nefs dont le chœur possède un chevet plat percé de deux lancettes et d'un oculus polylobé.


En 1923, pour remplacer l’ancien clocher supprimé en 1899, fut édifié, entre la basilique et la rotonde, un clocher peigne à trois arcades. A la même époque, on a bâti l’actuelle toiture conique.

L'édifice circulaire
Le monument comportant deux parties, dont on peut penser que le raccordement n’était pas dans le projet architectural originel, c'est moins la nef que la rotonde qui retient l'attention.




La rotonde de 22 mètres de diamètre et haute de 16 mètres, est composée de trois niveaux avec déambulatoire circulaireLes colonnes du rez-de-chaussée soutiennent un premier étage, pourvu d’un déambulatoire que limite une seconde rangée circulaire de quatorze colonnes.
Le cylindre creux formé par ces deux colonnades superposées se continue vers le haut par un troisième déambulatoire (une terrasse aujourd’hui recouverte par la toiture) puis une lanterne à huit fenêtres couronnée d’un dôme.




Vue perspective des étages supérieurs de la rotonde.
- la tribune semble avoir été ajoutée au XIIe siècle.


Le noyau central de l'église circulaire mesure 10 m de diamètre. le déambulatoire autour de ce noyau fait environ 6 m.

Le rond-point central est délimité par onze colonnes (11 comme le nombre d’apôtres après la trahison de Judas), reliées les unes aux autres par des arcs en plein cintre.
Remarquons qu’au rez-de-chaussée, l’équilibre de l’ensemble a amené les constructeurs à concevoir une voûte très ingénieuse, qui débute à l’intérieur en plein cintre pour finir à l’extérieur en arêtes.



Vue partielle de la rotonde.



Les colonnes sont coiffées de chapiteaux non historiés.


Le déambulatoires est couvert par de petites voûtes séparées par des arcs qui relient les piliers du noyau central aux colonnes engagées du mur extérieur de la rotonde.

Les éléments sculptés
Les diverses sculptures se rattacheraient à deux phases de la construction.
✏︎ La sculpture des onze chapiteaux du rez-de-chaussée de la rotonde
La réalisation remonterait au début du XIIe siècle. On y relève plusieurs types de motifs décoratifs : corinthiens, chats, singes, êtres fantastiques et visages humains.


Les chapiteaux présentent le plus souvent à la base de la corbeille une collerette de feuilles rabattues la pointe en bas réunies par un lien ; on parle de " collerettes berrichonnes ".



Une seconde rangée de feuilles peut surmonter la collerette comme sur cette corbeille ne comportant qu'une ornementation végétale.


Au-dessus de la collerette des animaux fabuleux adossés.


Autres types de monstres au milieu de grandes tiges foliées partant des volutes d'angle.


Au-dessus de la collerette berrichonne des monstres la langue pendante. Une langue démesurée sort de leurs gueules. L'imagier entend probablement rappeler l'importance de la parole et en souligner les méfaits potentiels. Les passions peuvent inspirer inlassablement les pensées et les paroles. Les passions non maîtrisées viennent à bout des choses de l'esprit.



Des êtres monstrueux aux dents acérées mordent la tête de petits personnages.


Des têtes de chat aux dents pointues émergent de feuilles de fougères.


De la bouche d'un chat sortent des éléments de tissus qui vont constituer les capuches qui coiffent les masques humains moustachus et barbus des hérétiques ( interprétation de François Garnier ).



Des chats, des singes et…des hommes moustachus et barbus.


Comme précédemment une composition de chats et de personnages cette fois accroupis.


Plan rapproché sur un des personnages.



Des femmes au visage impassible émergent de feuillages stylisés ; on a pu avancer l'hypothèse interprétative de femmes inspirant la sagesse…


Un chat encadré par des singes accroupis tenant une pierre. Le chat est le plus souvent considéré comme animal maléfique.



Singe exposant ses attributs sexuels au su et au vu de tous se frappe le sommet de la tête avec une pierre ; faut-il voir une évocation du châtiment de la luxure ? L'homme pécheur - ici évoqué- n'a pas contrôlé ses pulsions animales et est puni.



Cette sélection de corbeilles de chapiteaux du rez-de-chaussée montre qu'aucun programme « historié » n'est figuré. Ces images sont-elles seulement des évocations plastiques ou ont-elles aussi une signification symbolique ? Dans cette perspective le bestiaire des chapiteaux peut être interprété comme l'affrontement plutôt traditionnel à la période médiévale entre les forces du mal et du bien.


✏︎Des sculptures d'une facture archaïsante que l’on peut observer au dessus ou aux pieds de certaines colonnes engagées du pourtour.
Elles dateraient du XI e siècle.


Quadrupèdes adossés ou affrontés à l'angle du chapiteau.


Crédit photo : atlas-roman.blogspot.com
Centaure bandant son arc vers un être fantastique ; à droite un griffon.


Une corbeille grossière à feuillages.



Base sculptée d'une colonne
relevant de traditions préromanes.


Sur une des faces on observe un animal fabuleux.



Autre face de la base : deux personnages ( en lutte ? ) de part et d'autre d'une sorte de tige.

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