• La Balagne

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** Saint-Pierre et Saint-Paul de Lumio.
Tout près du golfe de Calvi, dans le cimetière de Lumio, la petite église Saint-Pierre et Saint-Paul, probablement bâtie au XIe siècle présente d'abord une belle abside en pierres blondes, régulières.



** La Trinità d'Aregno.
Entre l'Ile Rousse et Calvi, le modeste et paisible village d'Aregno nous offre une des plus belles églises romanes de Corse, la Trinità et San Giovanni Battista. Construite au XIIe siècle avec des blocs de granits de trois couleurs différentes (et bien des nuances!), elle se dresse au bout de l'allée bordée d'arbustes du cimetière, dominant le golfe.
A propos du décor sculpté
Le décor sculpté de la Trinità et San Giovanni d'Aregno ne fait pas exception. Ici aussi l'oubli d'un sacré ancien laisse la place à la perplexité le plus souvent. Devant ces images, les seules certitudes autorisées sont celles des descriptions... ce qui est bien peu. Nul texte ne nous permet de déchiffrer certaines représentations. Et l'on ne peut parler de thèmes purement décoratifs dûs à des fantaisies locales purement individuelles puisque l'on retrouve des oeuvres presque identiques qu'on a pris la peine d'inscrire dans le dur granit dans d'édifices séparés l'un de l'autre par une centaine de kilomètres... ce qui, dans les montagnes de Corse représente un éloignement très important, - tels cette femme qui se tient les hanches et l'homme assis tenant un bâton ou un rouleau sur ses genoux, à la Trinità et à San Michele de Murato. Et ici, nous sommes intrigués par le fait que ces sculptures sont en ronde-bosse, fichées dans le mur, sans justification structurelle architecturale, de qui est rarissime à l'âge roman, exception faite de l'iconographie explicitement chrétienne. Ainsi en Angoumois, un visage féminin anonyme peut former le culot d'une arcature (Mouthiers sur Boëme), ou bien en plein mur peut-on voir deux figures du Tétramorphe (chapelle d'Olerat). A Aregno, jaillissent du mur des images d'un autre âge, peut-être les évocations des êtres d'une religion antérieure dont il faudrait neutraliser les forces maléfiques. Cela pourrait expliquer certains reliefs mystérieux, comme ces animaux, statiques, ou en mouvement ou encore dévorant un autre animal.
Dans les régions où chaque paroisse est difficile d'accès, surtout au cours d'hivers rigoureux (rappelons aux estivants que la Corse est une montagneenneigée pendant de longs mois), les populations isolées maintiennent, au cours des veillées des croyances anciennes, des superstitions. Le Christ a triomphé... mais enfin, il n'est pas interdit de l'aider, juste au cas où quelque obscure puissance revenue du fond des âges viendrait profiter d'une divine distraction. Parfois dans le granit apparaissent des formes qui s'apparentent aux grands symboles, des cercles, un mufle de boeuf ou de taureau, nous laissant espérer qu'il y a là un lien avec ce qui nous est relativement familier. Mais qui peut l'assurer?
Nous retrouvons l'assurance de cheminer en sol chrétien lorsque nous découvrons sur des linteaux échancrés en plein cintre des symboles connus. Ici l'Arbre tend ses branches chargées de fruits vers la Croix, - Arbre de la vie, Arbre de la connaissance du bien et du mal... Ou encore cet arbre légendaire, dont parle l'Evangile apocryphe de Nicodème: l'archange Michel apporte à Seth une graine de l'Arbre de la vie pour qu'il la place dans la bouche de son défunt père, Adam. Le roi Salomon fait abattre cet arbre et destine la poutre qu'il en tire à la construction du Temple, puis au pont de Siloë. La reine de Saba pressent un destin exceptionnel à cette poutre, la vénère et en confie le secret à Salomon. Le bois, enterré sur son ordre, deviendra le bois de la Croix, reliant le Christ, appelé "Nouvel Adam" au premier homme et au jardin d'Eden.



A propos du Tireur d'épine. Cette sculpture est directement inspirée du petit bronze du 1er siècle avant J.-C. qui se trouve actuellement au Palais des Conservateurs du Capitole. Très connu dès le Moyen Age, il se trouvait devant le Palais du Latran. Le jeune garçon fut d'abord identifié à Absalom, fils de David, célèbre pour sa beauté. Mais on a aussi pensé qu'il s'agissait d'un jeune berger, Cneius Martius, qui aurait couru pour porter une missive d'importance vitale au Sénat, et n'aurait retiré l'épine qu'il avait dans le pied qu'une fois sa mission accomplie. Et comme on a aussi associé Martius au mois de mars par rapprochement des deux mots, et mars étant le mois du carême, le Spinario est aisément devenu symbole de pénitence, arrachant le mal de son âme comme il arrache l'écharde de sa chair. Il n'est donc pas étonnant de retrouver des sculptures inspirées de ce bronze à l'époque romane. Un Tireur d'épine se trouve sur un chapiteau de l'église de Grandson en Suisse. Un fragment du clocher de la cathédrale du Puy en Velay le représente (actuellement au musée Crozatier de cette ville).

    ** San Rinieru Montemaggiore.


    Entre Zilia et Cateri, dans un virage, un croisement, et là un panneau en bois, peu visible, indique San Rinieru. La petite route serpente dans un paysage austère, dépourvu d'arbres, face à un horizon de montagnes bleuâtres.D'assez loin on aperçoit San Rinieru qui s'élève au-dessus des tombes blanches, isolée dans un maquis verdoyant.