UN REVEIL RELIGIEUX ?




Etre athée hier c'était se mettre en marge de la société dans son ensemble. De nos jours, l'athéisme serait plutôt l'attitude la plus commune. On croyait donc en avoir fini avec toute idée de transcendance et beaucoup pensaient que les êtres humains s'accommoderaient d'une existence réconciliée avec elle-même. Du fait du progrès de la raison scientifique et technique, de l'avènement de la sécularisation et de la montée de l'individualisme au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, philosophes et sociologues ont annoncé la mort du Très-Haut. Avec la poussée de l'urbanisation, le changement de statut social de la femme et la transformation des schémas de consommation l'éclipse de la religion finirait par être quasi-totale. Or, au tournant du millénaire, religions et attitudes religieuses sont encore sur le devant de la scène, il est vrai parfois davantage pour le pire que pour le meilleur. D'un côté, des rites collectifs solennels comme les journées mondiales de la jeunesse rassemblent des millions de jeunes au-delà des frontières nationales et culturelles. De l'autre, les médias font la une de suicides collectifs de membres de sectes ou d'agissements fondamentalistes visant à imposer leur loi, s'il le faut par la force. Alors, déclin ou aurore des religions et des attitudes religieuses ?

* Renouveau du religieux, mais dérégulation des croyances.



Au cours de la décennie quatre-vingt-dix, ceux-là mêmes qui avaaient proclamé le retrait de Dieu évoquent sa résurgence. En 1994,
Harvey Cox parle du retour de Dieu après avoir publié la Cité séculière en 1966. Qu'observe-t-on finalement à ce tournant de millénaire ? Une sorte de reprise du religieux mais dont les traditions historiques établies ne tirent pas avantage.

Une enquête
" valeurs " menée en 1999 dans douze pays de l'Union Européenne, dressant l'inventaire des sentiments religieux pour la tranche d'âges des 18-24 ans, aboutit à des résultats déconcertants. L'appartenance déclarée à une religion ne cesse de diminuer, mais les croyances en Dieu, en l'enfer ou en une vie après la mort s'accroissent dans des proportions variables avec les pays. Pour s'en tenir au cas français, 47 % disent appartenir à une religion ; ils étaient 56 % en 1981. Toutefois, on peut croire en Dieu sans obligatoirement déclarer une appartenance à une Eglise ; ainsi, la croyance en Dieu connaît une légère augmentation ( 47 % en 1999 contre 44 % en 1981. Mais, c'est dans l'attitude devant l'après-la mort que les modifications les plus frappantes sont enregistrées. En France, en 1981, 30 % des jeunes de 18 à 24 ans déclaraient dans les sondages croire à " une vie après la mort ". Ils sont désormais 42 % en 1999 à penser que tout ne s'arrête pas avec le décès.
Si l'explication de tous ces résultats n'est pas aisée, ces enquêtes soulignent en tout cas un certain renouveau d'intérêt pour les interrogations de type religieux. Après le désintérêt croissant de la part des jeunes pour la religion depuis les années 1970, les résultats de l'enquête " valeurs " ne montrent sans doute pas un retour de la pratique cultuelle ( 6 % en 1999 contre 11 % en 1981 ), ni même l'adhésion aux Eglises, mais pour le moins un sensible " retour du balancier " (
Futuribles, 2002 et Hervé Tincq, Le Monde, 24 juillet 2002. Un sondage CSA réalisé en 2003 pour Le Monde et La Vie montre des indicateurs de croyances en baisse quant à l'existence de Dieu, la fréquence de la prière et l'importance de la foi. Un maintien relatif du catholicisme par rapport à l'enquête précédente de 1994 semble par ailleurs enregistré. Cf Xavier Ternisien, Le Monde, 17 avril 2003 ). En tout cas, ce qui ne fait plus sens, de nos jours, pour une majorité d'hommes et de femmes, c'est l'existence de systèmes structurés de croyances et de normes morales. Aussi, la dérive persiste-t-elle pour les religions traditionnelles caractérisées tout à la fois par une communauté de foi, une vision du monde, des pratiques de culte, une culture et une éthique partagées.

Parallèlement à ce processus on assiste à la
montée de de multiples courants spirituels. En d'autres termes, ce n'est pas seulement l'indifférence qui caractérise le monde moderne ; c'est aussi une dérégulation des croyances qui tendent à échapper à la maîtrise des grandes confessions historiques alors que se multiplient groupes, communautés et réseaux spirituels. Si donc l'athèisme contemporain n'est pas aussi évident que certaines analyses l'avaient annoncé, c'est cependant tout un mode d'être que des siècles de pratique chrétienne avaient institutionnalisé qui se trouve ébranlé avec l'émergence de nouvelles formes de religiosité et la montée d'un néo-paganisme. L'ancienne structure dogmatique et coercitive s'effondre tant en France que dans les autres pays européens ; le renouveau du religieux conteste la foi chrétienne sur son propre champ d'influence.

En fait, c'est
la figure de l'éventail qui permet de rendre compte au mieux de la multiplicité des attitudes religieuses actuelles.
Une extrémité de l'éventail se trouve occupée par les
grandes religions historiques avec chacune son corpus traditionnel et une fraction fondamentaliste dure. Si l'islam est la religion la plus affectée par sa fraction intégriste radicale, le judaïsme a aussi, ses ultra-orthodoxes. Les confessions chrétiennes elles-mêmes, qu'elles soient catholiques ou protestantes, n'échappent pas à la contestation intégriste, pentecôtiste ou de gauche avec, par exemple, la théologie de la libération. Par le succès grandissant qu'ils rencontrent, les cultes afro-africains ne doivent pas être oubliés. Les Eglises d'institution africaine créées en Afrique sont des prolongements en France des cultes locaux incluant des éléments animistes. Les Eglises d'expression africaine fondées en France mettent en avant la conversion individuelle, le rôle de l'Esprit saint et font une lecture littérale des textes saints. Ces cultes s'expliquent largement par une forte réaction identitaire, mais, au-delà, ils interpellent l'Eglise catholique. " Ces Eglises sont un peu comme un miroir dans lequel l'Eglise catholique prend conscience de ses propres insuffisances " ( René Luneau, Le Monde, 3 janvier 2001 ). Ne convient-il pas de permettre aux croyants d'exprimer leur foi, avec plus de chaleur et de convivialité, à travers des expressions qui sont les leurs ?

A l'autre exrémité, se rencontrent les
groupes sectaires qui se constituent à partir d'un maître spirituel ou d'un gourou et d'une doctrine spécifique constituée de multiples éléments de croyance disparates et recomposés. Les sectes ne sont pas des communautés naturelles auxquelles on appartient par la naissance, comme cela est le cas avec la socialisation précoce des jeunes dans une religion instituée. Ce sont des regroupements volontaires d'adeptes que l'on rejoint en vertu d'un choix personnel et qui nécessitent un engagement personnel fort. Par leurs croyances et leur mode de vie les membres d'une secte sont appelés à vivre en marge du reste de la société. Dans une formule lapidaire Bruno Etienne résume bien la situation : " sans pères ni repères, ces nouveaux groupes de pairs créent des repaires et se fabriquent de nouveaux repères " ( 2005, p. 83 ).

Entre les deux extrémités, les attraits d'une certaine forme de
bouddhisme séduisent des personnes, gens simples comme élites éclairées, qui voient en lui le cadre d'un cheminement vers la vérité, en harmonie avec la nature et le monde. La tolérance du bouddhisme, son esprit d'ouverture jouent en faveur de cette démarche singulière dans nos pays. Il semble que l'importance de l'implication du corps dans la spiritualité et l'accent mis sur la compassion constituent des raisons du succès contemporain du bouddhisme compte tenu du démantèlement personnel auquel aboutit le mode de vie occidental. Au discours dogmatique et normatif délivré d'en haut par les religions bibliques, la sagesse bouddhiste substitue une démarche spirituelle axée sur la transformation de soi-même par une plus grande maîtrise de ses émotions libre de toute culpabilisation. La voie préconisée par le Bouddha n'est pas celle du christianisme. Le nirvana n'est pas la résurrection.

A ce tableau des bourgeonnements spirituels on pourrait adjoindre les
diverses formes d'ésotérisme mystique dont la focalisation sur l'individu est la spécificité majeure. La recherche du perfectionnement de soi s'effectue à l''aide de muliples techniques psycho-corporelles visant à la pleine réalisation de soi-même ( vitalité, bien-être ) dans le monde présent. Par ailleurs, la morosité qui a investi les sociétés occidentales aujourd'hui fait attendre, à certains, un New Age de prise de conscience spirituelle et planétaire. Pour le Nouvel Age, l'ère astrologique du Verseau qui succède à l'ère des Poissons, marquée par le christianisme, verrait l'avènement d'un monde nouveau au sein duquel les rapports des hommes entre eux seraient transformés. Une forme de spiritualité où voisineraient les techniques personnelles de concentration, la redécouverte des énergies cachées et l'idée d'un transfert du divin vers une sorte d'énergie primordiale de l'univers.

A ce spectre des effervescences spirituelles on peut se demander s'il ne conviendrait pas d'ajouter les différentes expressions d'une
galaxie diffuse de pratiques et de croyances ayant en commmun de s'en remettre au destin ou hasard, à la soumission inexorable à la fatalité : astrologie, divination, numérologie, magie, sorcellerie. La montée de ces phénomènes conduit Mgr Hippolyte Simon à poser la question d'un lien possible entre le retour de cette religiosité diffuse, à connotation païenne, et l'audience des idées politiques d'extrême droite en France depuis vingt-cinq ans ( 1999 ).
Au total, contrairement à ce que pensaient certains, " Dieu n'est pas mort, il a seulement changé d'adresse " comme l'écrit un spécialiste des questions religieuses
Odon Vallet ( 2004, p.157 ).


* A nouvelle donne religieuse, problèmes nouveaux.





Eglise romane de
Saint-Nectaire, Puy-de-Dome.


Ce qui caractérise ainsi nos sociétés actuelles, parallèlement à un athéisme affirmé par maints esprits, c'est donc une pluralité de religions et de formes de religiosité diffuse. Le processus de sécularisation des sociétés modernes ne se ramène pas seulement au resserrement d'une sphère religieuse différenciée. Elle se manifeste également par le raménagement et l'éparpillement des croyances et des conduites dans des sociétés soumises à d'intenses changements dans tous les domaines qui entraînent à la fois attentes et espérances, tout comme incertitudes et désarrois. L'affaiblissement des influences politiques, religieuses et idéologiques traditionnelles réduit la pression collective qui s'exerçait naguère sur l'individu. Les conduites ne sont plus dictées, les croyances ne sont plus imposées, les sanctions s'évanouissent.

Mais cette nouvelle scène religieuse n'est pas sans poser de problèmes. Sectes et fondamentalismes, défrayant la chronique par leurs excès, ne contribuent-ils pas à discréditer la cause de la religion ? Il suffit de rappeler, d'un côté, les suicides collectifs ( Temple solaire ) et les massacres ( Waco aux Etats-Unis ) perpétrés par certaines sectes, de même que les abus sexuels et délits financiers commis par certains de leurs dirigeants ; de l'autre, les tueries en Algérie au nom d'un islamisme intégriste et les comportements récents des talibans afghans. Au motif d'une prohibition des représentations figuratives que décréterait l'islam, les talibans intégristes ont entendu démolir les trésors de la statuaire bouddhique pré-islamique du pays. La destruction des statues, comme des images en général, va de pair avec l'oppression des femmes ici comme bien souvent dans l'histoire. Cela rappelle douloureusement d'autres totalitarismes modernes qui, parce qu'ils souhaitaient l'avènement d'un" homme nouveau" et d'une " société nouvelle ", espéraient en quelque sorte anéantir le passé en en faisant disparaître la mémoire. Une telle dramatique actualité a tôt fait d'entraîner un amalgame rapide entre toutes les religions présentées comme des systèmes obscurantistes et violents. Resurgit alors le vieux passé d'intolérance attaché à des époques de chasse aux sorcières ou d'inquisition.

Pour rapides et infondées que puissent apparaître ces assimilations, le jugement porté sur la religion en tant que telle par la masse de nos contemporains ne peut qu'en être affecté. Pour reprendre l'expression de
Paul Valadier, le catholicisme français est de plus en plus en situation de porte-à-faux ( 1999, p. 51 ). Alors qu'il est devenu, dans les faits, une confession minoritaire, l'opinion publique continue à lui accorder une force sans proportion avec son poids réel. Les statistiques montrent largement que les catholiques ne sont plus majoritaires dans la nation. Trois chiffres suffisent pour prendre conscience de cette réalité car ils vont tous dans le même sens. Sur 45 millions de baptisés catholiques, 15 % assistent à la messe au moins une fois par mois. Depuis, le fléchissement se serait poursuivi pour se stabiliser autour de 10 % en ce début du XXIe siècle. ( Enquête CSA pour La Croix du 25 décembre 2001, citée par H. Tincq, Dieu en France, Paris, Calmann-Lévy, 2003, p. 91. Les pratiquants réguliers étaient 37 % en 1948, 25 % en 1968 et 13 % en 1988 ). Environ 80 % des Français demandeent des funérailles selon les rites catholiquies. C'est le geste religieux le plus stable qui s'explique par l'appartenance catholique massive des générations les plus anciennes élevées dans le cadre de la religion présente aux moments clés de l'existence. Enfin, et c'est sans doute l'indicateur le plus significatif, parmi les enfants en âge d'aller à l'école primaire, 42 %, en 1994, étaient inscrits au catéchisme avec de fortes disparités selon la motivation des familles et selon la région d'habitation. ( H. Simon, 1999, p. 9 ). Tous les indicateurs montrent l'érosion de la religion institutionnelle. La pratique des sacrements devient de plus en plus épisodique liée aux moments forts de la vie ( baptême, profession de foi, mariage, deuil ) ou aux grandes fêtes ( Toussaint, Noël, Rameaux/Pâques ).
Certes, le catholicisme a été naguère majoritaire. Son influence persistante au-delà de sa propre importance quantitative ne doit pas amener à conclure au caractère intact de son emprise prétendument dominatrice mesurée à l'aune de sa force omniprésente dans un passé révolu. Alors que les Français âgés de moins de trente ans sont, dans leur majorité, nés hors de la religion catholique, beaucoup raisonnent et agissent comme si l'Eglise régissait encore l'ensemble de la société. Toujours est-il que l'émergence de nouvelles formes de religiosité induit de nouvelles critiques à l'encontre de la chose religieuse, résurgences polémiques que l'on pouvait penser d'un autre temps.
Alors, crépuscule ou aube nouvelle pour le religieux ?

A vrai dire, ce tournant du millénaire n'est pas plus caractérisé par l'éclipse totale de Dieu tant proclamée que par son retour annoncé par ceux-là mêmes qui avaient proclamé son retrait. A suivre nombre de penseurs la raison devait l'emporter sur la religion. La mémoire chrétienne ne risque-t-elle pas de s'effacer dans les pays de la vieille Europe dans la mesure où les baptisés en nombre décroissant abandonnent toute pratique religieuse et que cesse la transmission de valeurs et de références entre générations ? Par ses fractions fondamentalistes et sectaires la sphère religieuse génère de sérieuses inquiétudes. Mais, au tournant du millénaire, la raison, elle-même, éprouve ses limites. Soit sous les traits qu'elle avait revêtus dans l'idéologie marxiste, soit même sous la forme des progrès scientifico-techniques qui peuvent être aussi porteurs de menaces pour l'homme et pour le monde. Entre raison et foi les malheurs de l'une ne font pas le bonheur de l'autre. Sans doute, faut-il éviter de poser la question des rapports raison/religion en de purs termes antagoniques. La raison doit admettre que la foi n'est pas un pur égarement et la foi cesser de considérer la raison comme un adversaire résolu. De nos jours, l'esprit des Lumières comme la religion instituée sont atteints par la résurgence de l'irrationnel. L'hypothèse d'un humanisme rationnel est loin d'être certaine. Le repli de Dieu, espéré par les uns, redouté par les autres, n'est pas pour autant l'émergence d'un homme seulement et pleinement lui-même. La modernité séculière, régie par la raison scientifique et technique, est aussi une constellation de croyances, d'attitudes, de formes nouvelles de religiosité et de nouveaux courants spirituels. Les grandes traditions religieuses peinent à scander la vie de leurs fidèles qui prétendent définir leurs choix religieux de façon autonome.

L'Eglise apparaît de plus en plus étrangère à la société prise dans son ensemble remarque, en septembre 2001, le président de la conférence des évêques de France. Peu après, il était rejoint par l'archevêque de Westminster qui, face à la déchristianisation de l'Angleterre, n'hésitait pas à déclarer que " le christianisme, en tant que cadre moral régissant les décisions des gens, celles des gouvernants et la vie en société, a été pratiquement vaincu ". On ne peut pas mieux évoquer l'écart prodigieux séparant la culture occidentale dominante et les valeurs et prescriptions chrétiennes initiées par la religion institutionnelle. On est bien en face d'un bouleversement sociétal majeur marqué par l'affaiblissement du rôle de ciment social joué par la religion. Dans le premier versant du XXe siècle l'aventure de l'existence en France se déroulait encore, plus ou moins, dans un environnement dit de chrétienté, malgré la montée de l'athéisme et déjà la présence minoritaire d'autres courants religieux. En ce début du XXI e siècle, c'en est fini du christianisme établi, considéré, normatif, en bref, inscrit directement dans les structures spatiales et temporelles. Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore le débat est clos. Au final, " ce à quoi on assiste depuis deux siècles en Europe correspond à une sortie en bonne et due forme de la religion, c'est-à-dire à une transformation complète du rapport des acteurs sociaux au fait d'être en société " ( Marcel Gauchet, 2002, p. 30 ). Lorsque l'on confère à cette autre formule célèbre de Marcel Gauchet, " la fin de la religion", au-delà de son ambiguïté apparente d'un raccourci aux accents progressistes athées, sa réelle signification de fin d'un mode de structuration du lien social, alors cette thèse ne peut guère être mise en doute. Nous sommes en train d'assister non pas à la fin de la croyance religieuse ou des religions historiques, mais à la disparition de la fonction religieuse régulatrice et organisatrice de l'espace social.

Actuellement, aucune religion n'est plus à même d'imposer d'en haut, par le biais d'institutions, sa vision du monde, ce qu'il faut croire, ses préceptes et ses normes à l'ensemble des membres de la société. On assiste comme le dit Frédéric Lenoir " à une quintuple dislocation entre la croyance, la morale, l'appartenance, la pratique et la conformité " ( 2003, p. 42 ). D'une religion englobante exerçant son rôle institutionnel et culturel sur l'ensemble du corps social on passe à une religiosité de l'individu qui satisfait ses préoccupations spirituelles et forge son propre dispositif de sens en prenant dans les doctrines religieuses ce dont il a besoin. C'est davantage par la composition d'un menu à la carte que par la stricte observance d'un menu religieux institutionnellement imposé qu'est satisfaite l'éventuelle quête spirituelle de nos contemporains.

Au total, le christianisme se heurte à notre époque à deux tendances de sens opposés qui mettent en cause les structures ecclésiastiques : d'une part, un mouvement fort de sécularisation de la société, de l'autre, une dérégulation des croyances et un foisonnement pluriel du religieux. Ce qui conduit Henri Tincq, spécialiste des questions religieuses au " Monde ", à dire que " le pluralisme des religions et des spiritualités dans un univers globalisé sera le défi du du XXIe siècle comme la montée de l'athéisme l'avait été des deux précédents " ( 2003, p. 232 ).
Le prochain siècle sera le temps d'une réorganisation des références religieuses. Une pluralité de groupes religieux disparates va coexister avec les confessions religieuses historiques , établies, instituées, articulées ; les premiers apparaissant plus attractifs dans la mesure où ils préconisent une spiritualité moins exigeante et plus souriante. Demain, l'homme devra construire sa vie, non plus dans une société majoritairement institutionnellement chrétienne, mais dans un contexte athée et religieux multiforme.
Compte tenu de la multiplicité des émetteurs de sens les façons de croire reposent moins sur une offre surplombante comme naguère et plus sur une demande individualisée.