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" Ce dont les gens ont besoin, hier comme aujourd'hui,
c'est qu'on donne du sens à ce qu'ils voient "

Dom Angelico Surchamp " Le roman de Zodiaque ", in Arts sacrés, n° 2/nov.-dec. 2009.

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Le patrimoine roman, interrogé dans son profond silence, constitue un riche document d'histoire. Les édifices religieux romans, s'ils ont tendance à devenir un domaine réservé aux historiens de l'art, furent un jour l'expression d'une jaillissante manifestation de vie.

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En entrant dans une église, en déambulant dans un cloître le visiteur en a la manifestation devant lui. Des images de toutes sortes s'offrent à son regard. Afin d'en prendre mieux conscience les clichés ci-dessous, provenant délibérément d'édifices et de régions différents, témoignent de la diversité des sujets représentés et de la créativité figurative des artistes médiévaux.
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Que dire de ce foisonnement évocateur sinon qu'une telle imagerie permettait à chaque femme, à chaque homme de retrouver ses préoccupations essentielles : les activités quotidiennes liées aux saisons, le cadre de vie, l'amour, les tentations, les animaux mais aussi la lancinante question du bien et du mal, les repères moraux et les principes spirituels chrétiens à suivre au cours de la vie d'ici-bas en vue de parvenir à la cité céleste.

Dans la culture médiévale le sacré et le profane ne font qu'un. La sensibilité croyante d'une époque de foi traverse les pierres romanes même si la pratique religieuse n'était peut-être pas toujours ce que l'on croit qu'elle fût. A l'époque romane, les ornements, par-delà leur valeur décorative, avaient d’abord une dimension éducative, édifiante. Il est permis de penser que l'art était perçu plutôt comme significatif de réalités célestes qu'il pouvait permettre d'atteindre. Divers sites proposent un cheminement initiatique imagé à la découverte du patrimoine religieux roman.




** Un premier site thématique - le temps des pierres romanes - montre comment le patrimoine roman dispense une leçon au peuple chrétien sous forme d'un grand livre d'images de pierre évoquant les scènes bibliques et la vie des saints, le paradis et l'enfer, la lancinante question du bien et du mal et les passions humaines. Mais les exigences de la vie quotidienne, les travaux des mois associés aux signes du zodiaque, le cadre de vie, les animaux, la danse et l'amour sont aussi bien abordés.

** L'imagerie romane procède d'un absolu unissant largement une population, l'objet de sa foi et un système religieux. A l'époque médiévale les Saintes Ecritures se présentent à la fois comme idéal spirituel, règles de vie et référence de production artistique.
Nombre d'images romanes étant d'inspiration religieuse fait qu'on a pu parler - du moins pour certains sites les plus prestigieux - de
« Bibles de pierre ». Cependant, cette expression, séduisante au premier abord, soulève bien des questions.

** A la période romane Marie va être reconnue comme médiatrice privilégiée, avocate du genre humain. En 431, au concile d'Ephèse, la définition dogmatique de Marie mère de Dieu est proclamée. L'Eglise multipliant les dévotions à la Vierge ce n'est plus seulement une sainte comme une autre. C'est la " nouvelle Eve " qui met fin au péché originel en mettant au monde le Christ.

** Aux temps romans, il n’est pas possible de faire un pas sans rencontrer des saints sur son chemin. Se déplaçant d’une tombe sainte à l’autre les pèlerins parviennent à Saint-Jacques-de-Compostelle.
Des chapelles et des églises leur ont été dédiées. Au-delà, c’est aux localités, hameaux, bourgs et villes en ce début de XIIe siècle que les saints ont donné leur nom.
En d’autres termes, les saints ont envahi le monde urbain après avoir pris possession des chemins et des terroirs ; c’est dire qu’ils se sont répandus sur tout l’
espace.

** La vie de l'homme roman, à la différence de la nôtre, était en lien étroit avec ces compagnons de route qu'étaient les anges. C'est ainsi qu'il est loisible de penser qu'à l'époque médiévale la vie des gens ne se déroule pas dans l'ignorance du monde des anges. C'est tout normalement que les anges trouvent leur place dans l'iconographie romane.

** Pendant des siècles la tradition chrétienne a fait reposer sa vision du paradis sur les construction astronomiques que l’Antiquité avait transmises au Moyen Âge. Le terme « paradis » signifia longtemps le paradis terrestre où furent placés Adam et Eve ; l’Eden fut également appelé, par les Pères de l’Eglise, le jardin des délices. Puis, transporté dans les cieux, le paradis, conservant son nom primitif, revêtit la signification de séjour éternel des Justes.

** Quelle que soit la crédibilité qui lui est de nos jours reconnue le diable est à l'époque une allégorie du Mal. L'homme roman craint le Malin qui est pensé guetter en permanence l'occasion de saisir les moindres faiblesses humaines. Satan est omniprésent dans la culture du temps qui rapporte ses effrayantes manifestations.

** Symboles de l'art roman. L'univers des images médiévales est un monde du sens, mais un monde de sens obscurs, embrouillés, bref mystérieux. Pour en prendre pleinement la mesure il faut essayer de saisir la logique d'un autre temps.


** Entrelacs et rinceaux constituent des dispositifs ornementaux très fréquents à l'âge roman dont les origines remontent à la nuit des temps. Dans l'Antiquité de nombreux peuples utilisèrent l'entrelacs. Rinceaux et entrelacs fonctionnent souvent comme des évocations iconographiques du Mal.

** A l’époque romane le corps en tant que tel n’existe pas. L’âme lui est toujours étroitement associée et le souci de l’au-delà est largement partagé.

Les tensions entre le monde d’en haut et le monde d’en bas, entre l’âme et le corps laissent entrevoir les tensions propres au corps. Sur le bruit de fond continuel du combat entre les choses de la terre et les préoccupations d’ordre spirituel, entre Carême et Carnaval, le corps chrétien médiéval est partagé entre exaltation et refoulement.


** A l'époque médiévale les rapports à la nudité sont notoirement ambigus parce qu'une dimension érotique n'était pas obligatoirement connotée à la nudité. Un détour conceptuel peut nous aider à mieux approcher la place plus importante, qu’il n’y paraît a priori, occupée par la nudité et l’obscénité dans le répertoire thématique roman. Se trouve-t-on en face de figurations purement ornementales ou d’évocations symboliques ?

** Les gens au quotidien. Extrêmement structurée, selon une hiérarchie estimée d'origine divine, la société médiévale se présente comme fortement codée. Elle s'organise autour de trois groupes inégaux : ceux qui prient, ceux qui se battent et ceux qui travaillent.

    • Vouloir tenter de saisir, autant que faire se peut, la vie quotidienne des gens suppose de repérer, à la suite des artistes romans, les signes distinctifs du rang social, les attributs définissant la fonction, les instruments et les gestes caractéristiques de l'activité pratiquée.

** Il est intéressant également de jeter un regard sur la beauté claustrale. Le cloître n'est pas seulement cet espace intermédiaire entre les bâtiments conventuels et le lieu de la prière chantée et solennelle ; c'est aussi un lieu de communication entre le monde d'en haut et celui d'en bas. Destiné à éviter la dispersion et la distraction des chercheurs de Dieu qui y déambulent, le cloître est un espace clos qui n'est ouvert symboliquement que vers le ciel. Il constitue, en ce sens, un espace hautement symbolique : il est l'image même de la vie monastique.

** Enfin, parce qu'il demeure une représentation de la culture médiévale, l'art populaire des modillons mérite de ne pas être ignoré. L'inspiration et la fantaisie inventive du tailleur se sont souvent données libre cours sous les corniches. La liberté d'inspiration y semble élevée puisque des scènes érotiques jouxtent des ornementations florales ou géométriques, des représentations animalières ou monstrueuses aussi bien que des évocations de thèmes religieux, éducatifs, moraux.

** Au fil du temps de nouveaux travaux ont enrichi les sites thématiques :

- Les
gestes comme langage dans l’art roman

-
Visages des temps romans. Portraits croisés

- Le
zodiaque et les travaux des mois

- Les
sirènes romanes

- Les
oiseaux romans

- Un homme du nom de
Joseph, figure du juste discret et fidèle

- Le
combat des Vices et des Vertus dans l’art roman du Poitou et de la Saintonge

- Les
Vierges sages et les Vierges folles dans l’art roman du Poitou et de la Saintonge

-
Musiciens, danseurs et jongleurs dans la sculpture romane.

- Cryptes romanes

-
Croix-arbre de vie dans l’art roman

-
Tables aux temps romans

- La mort à l'âge roman

-
Le joyeux peuple des modillons

- Réfectoires aux temps romans

- Thomas apôtre

- Portails romans

-Espagne romane du nord-ouest


** Quelques déclinaisons romanes régionales complètent ces sujets thématiques :

-
Aude romane

-
Bourbonnais-Nivernais romans

-
Puy-de-Dôme roman

-
Deux-Sèvres romanes

-
Touraine romane

-
Vendée romane

-
Vienne romane et notamment Poitiers aux temps romans


- Et de nombreuses églises de France et d'Espagne ajoutées en 2019.


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J'adresse mes plus vifs remerciements à Michel Claveyrolas dont l'amour pour l'art roman se renforce d'une grande maîtrise documentaire.
Le visiteur de ce
portail est invité à se rendre aussi sur celui de Michel Claveyrolas :
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Richesse de l'art roman
Mesure de l'espace, mesure de l'esprit " ( Henri Focillon )
http://jalladeauj.fr/claveyrolasroman/index.html

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