Echos de crucifixions triomphales
d'autres foyers régionaux
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Les crucifixions sculptées


Tympan Sud de l'abbatiale Saint-Gilles du Gard.

Il faut d'abord souligner la rareté de ce thème dans les tympans romans. Jusque là, il n'était présent que sur le tympan de Saint-Pons-de-Thomières dans l'Hérault (fin du XIe siècle). A Saint-Gilles, face à la survivance de l'hérésie pétrobrusienne et à la montée du catharisme, il affirme que le Christ est mort sur la Croix et qu'il est ressuscité.
Au-dessus du Christ, de chaque côté de la Croix un homme et une femme portent le soleil et la lune. Saint-Jean et la Sainte Vierge sont au pied de la Croix. Derrière Marie se tient une personnification de l'Eglise: une femme vêtue d'une belle robe orientale richement décorée au trépan, tendant une coupe en direction du Christ. Derrière elle, le Centurion et un assistant: "Celui-ci était vraiment le fils de Dieu" (Mtt XVII 54).
A droite de saint Jean, la Synagogue (une femme vêtue de très longs voiles) renversée par un ange. Sa couronne en forme de temple circulaire à deux étages (symbole de la Jérusalem ancienne) tombe. Le Christ est représenté de façon très réaliste, avec les côtes saillantes, les jambes croisées et fléchies.



Chapiteau de l'ancien prieuré Saint-Léonard, L'Île-Bouchard, Indre-et-Loire.

Christ a le corps fléchi et les jambes juxtaposées. Sous les bras de la croix la Vierge et saint Jean sont figurés avec une richesse remarquable des vêtements ; au-dessus sortant des nuées, le soleil et la lune.
Des traces de polychromie sont encore visibles.


Eglise Notre-Dame de Rivière, Indre-et-Loire.

Un chapiteau du sanctuaire présente une composition scénique fruste.
Crucifié nimbé, les bras horizontaux, le corps n'accusant peu de flexion, a les yeux ouverts et est imberbe.Vêtu du colobium le Christ a les pieds séparés.
De part et d'autre de la croix, le porte-lance et le porte-éponge, de petite taille, sont coiffés d'une sorte de bonnet phrygien.
Deux figures monstrueuses semblent posées sur la traverse : représentation pour le moins singulière du soleil et de la lune.
A la droite du Christ il faut voir Marie dans ce personnage de grande taille faisant un geste d'acclamation.



Eglise Notre-Dame de Rivière, Indre-et-Loire.
La face latérale du chapiteau un personnage est manifestement assis sous une arcade ; ce devrait être l'apôtre Jean …



Crédit photo : Chinpat wikipedia

La sculpture en bas-relief dite de Saint-Mexme du XIe siècle étant en mauvais état, c’est un moulage exposé au musée du Vieux Chinon ( Indre-et-Loire ) qui a été photographié. Il se trouvait au pignon de la façade primitive de l'an mil.

Son intérêt réside dans l’apparente rareté - du moins nous semble-t-il- d’une telle sculpture en pierre.
La tête du Christ légèrement inclinée vers la droite est surmontée d'un énorme nimbe crucifère. Le Christ a les yeux ouverts ; ses bras sont allongés à l'horizontale sur la traverse. Le poids du corps n'est affecté d'aucune flexion, pas plus que les jambes : c'est le Christ vivant qui est représenté, vêtu du perizonium, noué sur la hanche. Les pieds sont cloués séparément.

A droite du Christ le porte-lance tient son arme à deux mains. Un homme sous arcade lui fait pendant de l'autre côté; tonsuré, tenant un livre d'une main et levant l'autre main ; il est difficile de voir dans ce personnage le porte-éponge; c'est sans doute l'apôtre Jean mais ce n'est pas sa place habituelle dans les représentations.
En haut sont figurés le buste du soleil entouré d'une étoile à huit pointes, partiellement masqué par les nuées, et celui de la lune coiffé du croissant.



Abbaye de Fontenay, Côte-d'Or.
Détail d'un retable en pierre provenant de l'ancien maître-autel est du XIII ème siècle. Il comporte plusieurs scènes figuratives dont une crucifixion dans le panneau central. Le corps du Crucifié est déformé suite aux sévices infligés.

Les crucifixions peintes


Crédit photo : architecture.relig.free.fr
Eglise Saint-Jacques des Guerets, Loir-et-Cher.

Scène de la crucifixion avec au registre inférieur la résurrection des morts. De chaque côté du Christ en croix la Vierge et saint Jean qui tient son évangile. Le soleil ( à gauche ) et la lune se voilant la face sont identifiables grâce à des inscriptions placées verticalement.



Cathédrale du Puy-en-Velay, Haute-Loire.

Le mur Sud de la chapelle possède une fresque de la Crucifixion datant de la fin du XIIe ou du début du XIIIe siècle. Elle fut redécouverte au XIXe sous une couche de mortier.
Le Christ a le visage déformé par la souffrance ; à ses côtés, la Vierge et saint Jean qui tient tête inclinée dans sa main. Au-dessus de la croix on observe le soleil et la lune.




Basilique Saint Sernin de Toulouse.

Un regard attentif permet de discerner dans le collatéral occidental les restes d'une représentation de la Crucifixion : le Christ a la tête inclinée sur le côté gauche et les mains croisées.

Les croix monumentales


Eglise notre-Dame de Gargilesse, Indre.
Christ monumental en bois les yeux ouverts , le corps droit accroché au-dessus de la porte d'entrée Ouest.
On peut observer la grosse boucle de forme d'entrelacs au sommet du perizonium plissé.


Eglise notre-Dame de Gargilesse, Indre.
Singularité : Le Christ en bois a les jambes juxtaposées ; les pieds sont cloués côte à côte.

  • Crédit photo : flaneriesdunpromeneursolitaire.

    Crucifié les yeux ouverts, le corps non fléchi, serein comme un Christ promis à la résurrection.


      Détail. Christ faisant partie des Crucifiés présentant la particularité d'une chevelure divisée de part et d'autre en trois mèches.

        Détail : l'avant-bras et la main droite que transperce le clou.

        • Reproduction de la tête du Christ de l'église Saint-André de Lavaudieu, Haute-Loire ( l'original est au Musée du Louvre ).

        La couronne a pour effet de rehausser la noblesse du visage d'un Crucifié paisible comme endormi.


        Emaux



        Emaux à champlevés. Eglise abbatiale Saint-Pierre de Mozac, Puy-de-Dôme.
        • La châsse de saint Calmin, chef-d'oeuvre de l'émaillerie limousine, date de 1168. La face principale montre le Christ en gloire et en croix entouré des douze apôtres et de Marie au pied de la croix.
        Emaux à champlevés. Eglise abbatiale Saint-Pierre de Mozac, Puy-de-Dôme.
        Détail : au pied de la croix, à gauche, Marie; à droite, saint Jean. Les noms sont même écrits de part et d'autre du corps du Crucifié.


        Plat de reliure faisant partie du trésor de l'église Saint-Nectaire, Puy-de-Dôme.

        Le Christ couronné, vêtu d'un perizonium, a les pieds légèrement écartés.
        Marie et Jean sont comme toujours représentés au pied de la croix du supplice.


        Le Christ trônant devant sa croix

        La croix apparaît dans de nombreux jugements derniers, dressée en arrière du Christ et portée par des anges tenant également les clous de la Passion.



        Abbatiale de Beaulieu-sur-Dordogne, Corrèze.

        Derrière le trône sur lequel le Christ est assis des anges tiennent la croix et les clous du supplice. Quant à la couronne d'épines elle est plutôt de type royal.



        Tympan de l'abbatiale Sainte-Foy, Conques, Aveyron.

        Trônant dans une mandorle le Christ est à la fois " juge et roi " comme le proclame l'inscription de son nimbe crucifère, la croix rappelant un des instruments de la Passion.


        Evocations tardives :
        des temps romans à l'âge gothique


        Eglise notre-Dame de Gargilesse, Indre. Peintures murales de l'abside de la crypte, XVe siècle.

        Sur la voûte de la crypte, en superposition sur la scène du Christ de l'Apocalypse, on observe une composition plus tardive de " l'homme des douleurs " paraissant contempler un panneau des instruments de la Passion.
        Le grand livre où figurent les instruments de la Passion ( croix, clous …) est tenu d'un côté par le Christ.
        En bas à gauche le le lion représentant l'évangéliste Marc.




        Eglise notre-Dame de Gargilesse, Indre. Mur Ouest du transept de la crypte, XV-XVIe s.

        Au centre de la fresque prend place la Crucifixion proprement dite ; au pied de la croix la silhouette d'un moine en habit marron semble être discernable…
        Le Christ coiffé de la couronne d'épines a les pieds cloués côte à côte.

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