Crucifixions en Poitou
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Jadis à Poitiers, le reliquaire est depuis 1965 à l'abbaye Sainte-Croix, La Cossonnière, Saint-Benoît, Vienne.
Comment ne pas évoquer ce thème de la Crucifixion sans rappeler d'abord l'existence du Reliquaire de la Vraie Croix de Poitiers.
La très sainte relique est enchâssée dans un triptyque d'or émaillé dont il reste la partie centrale qui daterait de la seconde moitié du XI e siècle.
Les images du Christ triomphant
Le Crucifié sera figuré les yeux ouverts. Le Christ représenté le corps droit cloué sur la croix s’endort dans la mort selon son humanité, mais impassible, les yeux ouverts dans une tête souvent droite, demeure immortel, selon sa divinité.
A la différence de ce qui se fera plus tard, chaque œuvre évite de céder à l’attraction du dolorisme. Toute allusion à la souffrance étant gommée l’image entend suggérer un message de victoire du Christ sur la mort.
Les crucifixions sculptées
Abbaye de Saint-Savin, Vienne. Fin du XIe-XIIe.
Bas-relief découvert en 1979
Au centre de la petite dalle à fond plat le Christ nimbé a les yeux ouverts crucifié sur une croix écotée; ses mains ouvertes semblent quelque peu démesurées. Il est vêtu du perizonium et les pieds sont juxtaposés.
Marie, nimbée, à gauche a les paumes ouvertes en signe d'acceptation du sacrifice de son fils.
L'apôtre Jean également auréolé se tient comme toujours la tête dans une main.
Détail. Saint-Savin, Vienne. Fin du XIe-XIIe.
Détail. Le Soleil se présente sous forme d'une tête ronde entourée d'une collerette de rayons. La Lune est figurée sous forme d'un visage féminin reposant sur un croissant.
Eglise d'Usson-du-Poitou, Vienne. Bas-relief du début du XIIe siècle.
Une plaque décorative archaïque représente le Christ en croix entre deux soldats. La Vierge et Saint Jean, complètent le tableau.
Eglise d'Usson-du-Poitou, Vienne. Bas-relief du début du XIIe siècle.
Détail. Le porte-lance et le porte-éponge.
Eglise d'Usson-du-Poitou, Vienne. Bas-relief du début du XIIe siècle.
Détail. Marie auréolée tête fortement penchée regarde son Fils.
Eglise d'Usson-du-Poitou, Vienne. Bas-relief du début du XIIe siècle.
Détail. Saint Jean tenant d'une main le Livre et de l'autre sa joue.
Eglise d'Usson-du-Poitou, Vienne. Bas-relief du début du XIIe siècle.
Détail. De chaque côté de la tête du Christ sont figurés les emblèmes personnifiés du Soleil dardant ses rayons et de la Lune surplombée par un croissant.
Eglise Saint-Georges, Le Vigeant, Vienne.
De chaque côté du portail occidental de la tour-porche deux chapiteaux de facture étrange et naïve représentent une Crucifixion de type archaïque.
Sur le chapiteau de gauche on observe un personnage dont la tête se confond avec le sommet de l'axe central de la croix.
De plus, parmi les trois autres personnages à grosse tête de l'autre face de la corbeille deux paraissent des hommes ?
Eglise Saint-Georges, Le Vigeant, Vienne.
Deux personnages à grandes jambes sont présents sous les bras de la croix
Au-dessus de la traverse peut-on vraiment voir le Soleil - le petit cône en écailles - et la Lune personnifiée?
Eglise Saint-Georges, Le Vigeant, Vienne.
Sur le chapiteau de droite du portail figure une scène analogue de crucifixion avec deux personnages sous la traverse de la croix.
On notera, en plus, le personnage à trois têtes et en forme de croix ; faut-il y voir une allusion au mystère de la Trinité ?
Enfin, un énorme masque est figuré à l'angle de la corbeille.
Eglise Saint Gervais et Saint Protais, Isle-Jourdain, Vienne.
Une crucifixion fort dégradée peut être encore observée en hauteur sur le côté Nord de la nef.
Découvert à l'intérieur de l'hypogée de Mellebaude, Poitiers, Vienne un vestige d'un monument plus important représentant sans doute une crucifixion.
La partie conservée est la base d'une croix : deux personnages crucifiés, de chaque côté d'une colonne coiffée d'un chapiteau orné de feuilles de palmier, ont les bras repliés derrière le dos : cela pourrait être les deux larrons.
Peintures murales et vitraux
Eglise de Saint-Pierre-les-Eglises, commune de Chauvigny, Vienne.
Détail de peintures murales qui ont pu être datées du Xe siècle ; selon des études récentes elles dateraient plutôt du XIe siècle.
Le Christ de corpulence longiligne est figuré sur un large instrument de supplice. Au pied de la croix est figuré un calice recevant le sang des plaies.
Sous les bras de la croix, à gauche, le porte-lance. A droite, le porte-éponge avec un récipient.
Sur le côté gauche de la scène on aperçoit Marie et sur le côté droit, contrairement à la tradition, Marie-Madeleine ( identifiée par une inscription ) .
Au-dessus de la traverse deux cercles contiennent des évocations astrales de la Lune ( à droite ) et du Soleil ( à gauche mais difficilement lisible).
Cathédrale Saint-Pierre, Poitiers, Vienne.
Le fameux vitrail de la Crucifixion : un des plus anciens vitraux conservés en France, véritable fleuron de l'art occidental ( vers 1161-1173 ). Vue d'ensemble du vitrail à l'extrémité de la nef centrale.
La Résurrection est figurée au pied de la croix. Mort et Résurrection sont au coeur de la foi chrétienne en tant que mystère pascal.
Noter que le vitrail possède aussi un sens avec le mouvement vers le ciel de l'Ascension.
Extrait du fameux vitrail de la Crucifixion, XIIe siècle, cathédrale Saint-Pierre, Poitiers, Vienne.
Première grande figure, le Christ de la Crucifixion occupe plus de la moitié du vitrail. La croix est rouge, couleur du sang. Les bras sont horizontaux et les mains largement ouvertes. Les pieds du supplicié reposent de façon séparée sur un suppedaneum.
Le Christ est entouré de Marie et du porte-lance, à sa droite ; à sa gauche sont représentés saint Jean et le porte-éponge. Tous ces personnages se détachent sur un fond de couleur rouge.
Enfin le Soleil et la Lune peuvent être observés aux extrémités de la traverse de la croix insérés dans l'ornementation de l'ensemble de la composition scénique.
Cathédrale Saint-Pierre, Poitiers, Vienne.
Le Christ a un nimbe crucifère et non une couronne d'épines ; il a les yeux ouverts et la tête légèrement penchée vers Marie.
La croix peut apparaître dressée à côté
ou en arrière du Christ
C'est le cas lorsqu'elle est le signe du retour du Christ à la fin des temps.
Porche de l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, Vienne.
Christ de la Parousie trônant dans les Cieux mais avec les bras étendus comme sur la croix ( fin du XIe siècle ). A sa droite, la Croix - médiatrice du triomphe du Messie pour la fin des temps - est tenue par deux anges.
Ancienne abbatiale de Saint-Jouin-de-Marnes, Deux-Sèvres.
Au pignon, de l'église c'est, dans la perspective chrétienne, l'accomplissement, autrement dit le terme possible de la marche des hommes qui est représenté.
Le Christ-Juge, étend ses mains ouvertes vers le cortège des hommes ; il est assis devant sa croix, entouré de deux anges ayant sonné de la trompette.
La grande croix derrière lui rappelle son sacrifice mais n'est pas le simple instrument du supplice ; elle est le signe du retour du Christ à la fin des temps.
La Vierge est représentée en position d'intercession auprès de son fils en faveur d'hommes et de femmes après leur pérégrination terrestre.
Evocations tardives :
des temps romans à l'âge gothique
Crédit photo : Tripadvisor
Crucifix monumental de l'église Saint-Pierre de Missé, Deux-Sèvres. Seconde moitié du XIIIe siècle.
Le Crucifié, les yeux fermés dans la mort, a les bras horizontaux, puis, ils se plient au niveau des coudes de sorte que les mains qui viennent se fixer sur la traverse sont placées sur le même plan que le visage. La chevelure retombe sur les épaules en deux importantes mèches analogues.
Détail du crucifix de l'église Saint-Pierre de Missé, Deux-Sèvres.
Particularité, les jambes sont croisées mais les pieds cloués sont classiquement superposés.
Eglise Sainte-Radegonde, Poitiers, Vienne.
Détail d'un vitrail, figurant le Jugement dernier, Nord de la nef ( Troisième quart du XIIIe siècle ).
Au centre, le Crucifié figuré assis, les mains ouvertes, montre les plaies laissées par les clous.
De chaque côté, des anges tiennent les instruments du supplice: à sa gauche, l'un porte la croix et les clous ; à sa droite, un autre présente la couronne d'épines et la lance.
Eglise Sainte-Radegonde, Poitiers, Vienne
Détail d'un vitrail, Nord de la nef ( Troisième quart du XIIIe siècle ).
Dans une autre partie du vitrail c'est sur une croix verte /arbre de vie que Jésus apparaît supplicié, la tête inclinée et les jambes fléchies les pieds étant cloués séparément. Au pied de la croix sont présents la Vierge, les bras croisés sur le buste et saint Jean avec le Livre et se tenant classiquement la joue.
Eglise Sainte-Radegonde, Poitiers, Vienne. Détail d'un vitrail, Nord de la nef ( Troisième quart du XIIIe siècle ).
Une autre partie de ce vitrail présente une composition dont le Christ occupe à nouveau la position centrale avec la croix blanche qui se détache sur son habit rouge; il est entouré de deux anges présentant les instruments de la Passion.
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